Après "Festen", l’électro-rap et la moiteur des boîtes de nuit d’after (1er projet), la chaleur des clubs jazzy et des arrières salles enfumées avec "Autumn" (2e projet), la froideur du bitume en solo de "V.H." (EP), le vent du littoral sur les manèges de "St-Idesbald" (1er album), et sa sortie en costume de producteur aux côtés de l’Américain Subtitle ("Les Voix du 8"), le ketje bruxellois est de retour dans sa capitale. Une Bruxelles grise et intense, décrite de la plume trempée d’amertume et d’introspections d’un Veence Hanao plus inspiré que jamais. Avant son passage au Musée, nous l’avons rencontré.

Vous écrivez à nouveau d’une plume sombre sur ce disque. Pessimiste de nature  ?

Ce sont des choses que je vis et d’autres que j’observe. Des promenades de nuit, qui sentent le béton et la pluie. Des retours de soirées à pied, vers 4h du mat’ en remontant la chaussée de Waterloo, à voir d’autres gars tituber ou parler tout seul dans la rue. Ces images me nourrissent mais ne donnent pas envie de chanter le sourire. Peu de gens de mon âge (30 ans, NdlR) ont le visage qui respire la vie. Au fil du temps, on devient stressé, usé, fatigué C’est pour cela que je trouve Jo Dekmine - directeur du Théâtre140 - tellement formidable. Ça donne de l’espoir de voir un gars qui a passé 80 ans plus curieux et enthousiaste que moi. Qui bouge, voyage entre New York, Bruxelles et Avignon, va voir des tas de spectacles et programmes parce qu’il est passionné. C’est ce feu que j’essaie d’entretenir, même si je suis parfois maladroit dans ma manière d’aller le chercher.

L’amour est aussi très présent au fil des mots, mais un amour souvent déçu ou douloureux.

Ce n’est pas une fatalité, j’ai conscience que ce discours n’est pas absolu. Mais il y a beaucoup de gens à qui cela arrive. Ma plus grande crainte est de ne pas me rendre compte que je vis l’étiolement progressif de l’enthousiasme au sein de mon couple. De le réaliser trop tard, lorsque tout est éteint. Ou quand je m’éteins. Parfois, tu es tellement mordu d’une fille que tu veux consommer à fond cet amour, en te fermant à plein de trucs et en oubliant tes intérêts, tes sorties, tes loisirs, tes amis Ça m’est arrivé et ça rend prudent. Trop prudent souvent. Faut équilibrer ce qu’on reçoit, ce qu’on donne et ce qu’on garde pour soi. Trouver le juste milieu.

“Loweina Laurae” était déjà prêt il y a un an. Pourquoi l’album ne sort-il que maintenant  ?

Je me suis dit que si je procédais de la même manière que pour "St-Idesbald", j’allais revivre un cycle identique. Les mêmes salles, le même parcours Ça ne m’excitait pas. Et cela ne m’aurait pas fait du bien, je le sais. De toute façon, je n’avais aucune nouvelle proposition de label en Belgique. Et lorsque tu vois que les structures existantes fonctionnent avec les mêmes petits moyens que toi, tu te dis qu’il vaut mieux faire le job toi-même et garder un contrôle absolu sur les choses.

L’objectif avoué, c’était aussi la France…

Quand j’ai sorti "Kick, Snare, Bien" et "Faut bien qu’ils brillent", j’ai été contacté par Mike Toch, le manager de Jali. Il a une structure en Belgique qui s’appelle A.R.E Music et qui travaille exclusivement avec des Majors françaises. Il avait accès à une sphère mainstream qui m’échappait totalement. Son truc : trouver des artistes avec un projet en développement dans lequel il croit, et le suggérer à ses contacts en France. Mike a fait écouter mes titres à des gens du métier qui les ont appréciés, même si c’était impossible à sortir sur une Major. Mais, vu l’intérêt suscité, il m’a proposé de travailler sur l’édition, en établissant un catalogue de textes pour aller démarcher. Les Majors fonctionnent beaucoup sur base de textes qu’ils proposent à leurs artistes-interprètes. Visiblement, il y a une crise d’auteurs en France.

Et en Belgique, comment la sortie s’est-elle goupillée  ?

Une fois l’album terminé, je lui ai envoyé. Il m’a appelé en disant qu’il l’avait écouté dans le train - le meilleur moyen pour le découvrir selon moi - et qu’il adorait. De là, j’ai eu l’idée de le sortir en Belgique avec lui. On a beaucoup réfléchi sur la pertinence d’une telle collaboration, sachant que mon projet est singulier et très alternatif donc en dehors de son champ d’action. Mike ne voulait pas s’engager à moins d’être sûr de pouvoir m’aider. Mais on l’a fait, en mode ultra indé et sans distribution. On assure les livraisons nous-mêmes chez les disquaires, sans Fnac ni Media Markt car eux ne travaillent plus avec les particuliers. Et on le vend par correspondance ou à la fin des concerts.

Un disque : "Loweina Laurae". En concert le 11 mai aux Nuits Botanique, le 18 juillet à Dour et le 11 août au Brussel Summer Festival.