Ce serait mal connaître Etienne Daho que de l’accuser, comme certains n’hésitent pas à le faire, d’avoir choisi cette pochette avec une idée derrière la tête. A-t-il vraiment besoin de cela ? Certainement pas. D’emblée, la maison de disques a apposé un rectangle blanc au niveau des seins de la jeune femme qui pose avec le chanteur français. 

Récemment, la RATP a refusé la campagne d’affichage pour la promotion de l’album. Réaction de l’intéressé. "Il y a une pudibonderie en France qui est impressionnante. Et il ne s’agit pas uniquement de la pochette de mon album. Evidemment, c’est risible, presque, de réinventer le rectangle blanc. Cela me fait plutôt marrer. "La population est inquiète et elle se replie. Ce retour au communautarisme concerne l’ensemble de la société française." L’homme se fait plus grave quand il parle des manifestations contre le mariage pour tous qui se sont tenues à Paris il y a un an. "J’étais à Londres à ce moment-là. Nous vivons une époque morose, engendrant des réactions extrêmes, choquantes, incompréhensibles."

Pour en revenir à la photo, elle est l’œuvre de Richard Dumas - qui travaille pour l’agence VU et réalise régulièrement des portraits pour "Libération" ou "Le Monde". "On se connaît depuis la fac à Rennes. J’étais parti à Ibiza avec lui, pour faire des repérages. On avait envie de faire des photos ensemble. Dans l’hôtel où il séjournait, il y avait cette fille nue qui était en train de réaliser une séance photo pour un magazine. A un moment donné, elle est passée près de nous. Richard lui a demandé : ‘On peut faire une photo avec vous ?’ Elle a accepté puis est venue se blottir contre moi très gentiment." Nos deux compères ne pensent plus guère à cette photo - "Richard travaillant l’argentique, le processus est plus long, il faut le temps du développement". Mais, quand ils retombent dessus, "c’était évident que c’était celle-là qu’on allait prendre. C’est une belle image, il y a le cadrage, la lumière, la tronche qu’on a dessus. Elle célèbre la beauté de cette femme, comme une Vénus de Botticelli, comme une Joconde", analyse Daho, passionné d’art par ailleurs. "On peut projeter plein d’histoires sur cette image. Le principal étant que son regard dégage vraiment la fêlure de tous les personnages présents sur cet album, des gens qui traversent leur existence en essayant de s’en sortir. Quand on écoute le disque et qu’on voit l’image, c’est une évidence, je trouve." Qui, mieux que lui, pour en juger ?