Étonnant destin que celui de James Levine, dont le New York Times a annoncé hier le décès, survenu le 9 mars dernier à Palm Springs (Californie) de "causes naturelles". Né à Cincinnati le 23 juin 1943, il s’était formé comme pianiste à la Julliard School de New York avant de bifurquer rapidement vers la direction d’orchestre comme assistant du grand George Szell à l’Orchestre de Cleveland.

Il avait dirigé Tosca à San Francisco en 1970 puis au Metropolitan Opera de New York l’année suivante, avant d’en devenir le chef d’orchestre principal à 30 ans, puis directeur musical en 1976. Sous sa baguette infatigable - il aura dirigé l’orchestre du Met à 2 552 reprises ! -, l’institution new-yorkaise était devenue un des phares lyriques mondiaux, alliant aux vastes dimensions de sa salle le prestige de ses affiches. Cela avait valu à Levine une reconnaissance internationale, et aussi une invitation à diriger à Salzbourg dès 1975, puis à Bayreuth pour le Parsifal du centenaire en 1982 et les années suivantes.

Si sa notoriété venait surtout de l’opéra, il fut aussi directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Munich de 1999 à 2004, puis du Boston Symphony de 2004 à 2011. Bénéficiant du soutien du label Deutsche Grammophon, il fut aussi l’invité régulier des Philharmoniques de Vienne et de Berlin. Tout en faisant honneur aux classiques du répertoire, il avait fait entrer au programme des formations qu’il dirigeait, des œuvres contemporaines qui n’avaient pas droit de cité, ainsi que des compositeurs délaissés.

Avec son épaisse chevelure bouclée, ses lunettes cerclées de métal, son style expressif et sa personnalité extravertie, Levine s’était imposé comme l’une des figures les plus reconnaissables du monde de la musique classique. Mais il aura connu une série de problèmes de santé à partir de 2006, d’une blessure à l’épaule consécutive à une chute sur scène à une insuffisance rénale en passant par une hernie discale. En 2016, il avait accepté de renoncer à la direction musicale du Met, atteint par la maladie de Parkinson qui le handicapait depuis de nombreuses années.

Accusations d’abus sexuels

Il était néanmoins demeuré directeur musical honoraire, jusqu’à sa suspension, en décembre 2017, après la publication de témoignages l’accusant d’abus sexuels. Deux quotidiens avaient évoqué le cas d’un homme accusant Levine d’attouchements à partir de 1985, alors qu’il n’avait que 15 ans, jusqu’en 1993, et trois autres hommes avaient affirmé publiquement avoir été agressés sexuellement par le chef, même s’il n’a pas été poursuivi au pénal.

En mars 2018, le Met avait publié les conclusions de son enquête, qui confirmait l’existence de "preuves crédibles" que le musicien s’était bien livré "à du harcèlement et à un comportement abusif sexuellement". L’opéra avait alors mis fin à toutes les fonctions qu’occupait encore Levine au sein de l’institution, mais le chef d’orchestre avait saisi la justice pour faire reconnaître le caractère abusif de son licenciement.