Musique & Festivals

A 20 ans tout juste, Hun Jwi Cho est un des benjamins de cette session et des demi-finales : seul l’Italien Alberto Ferro est son cadet d’une semaine ! Avec sa coiffure en banane modèle Repin 1989, le Coréen affiche un air espiègle, mais sa lecture du concerto K. 467 est plus traditionnelle que celle proposée l’après-midi par sa compatriote Yoonji Kim : empreinte de fraîcheur, joliment jouée, de bon goût (il a opté pour la cadence d’Andràs Schiff) mais totalement dépourvue de surprise.

Pour un Mozart plus investi, on compte sur Leonardo Pierdomenico, 23 ans, d’autant que le choix du ré mineur n° 20 est prometteur de tourments affirmés. Certes, l’approche de l’Italien est empreinte d’élégance, d’un classicisme de bon aloi refusant tout romantisme et avec un toucher lumineux qui offre de très beaux moments de grâce. Mais son jeu sans rubato finit par sembler objectif, voire distant. Une cadence de la plume du soliste n’est certes pas une garantie absolue d’inspiration, mais devrait-on se méfier de ceux qui choisissent les cadences de Beethoven, solution de facilité s’il en est ?

Quatrième demi-finaliste issue de Corée sur les huit de ce lundi, Su Yeon Kim, 21 ans, joue le même programme que Chi Ho Han l’après-midi, mais avec le nocturne de Chopin en moins. C’est que les candidats doivent proposer au choix du jury deux programmes de 30 à 35 minutes, ce qui laisse un peu de marge - tout comme les tempi adoptés. Donné sans respiration réelle, « Tears of Light » fait peu de cas des possibilités de silence que laisse l’imposé de Fabian Fiorini. Dans les « Kreisleriana » de Schumann, on apprécie le côté volontaire et franc à défaut d’être très personnel, il y a même çà et là quelques (rares) moments plus inspirés, mais le tout ne va pas sans scories.

Le jury est-il monomaniaque ? Pour les quatre récitals de ce lundi, il aura choisi celui des deux programmes qui comprenait du Schumann dedans. Chez Aljosa Jurinic il est vrai, il y en avait dans les deux propositions. A 26 ans, le Croate serait-il un Schumannien passionné ? On peut le penser en découvrant, sous ses doigts, une sonate op. 11 originale et inspirée, tour à tour flamboyante, dansante et bouleversante, et plus mittel-européenne que rhénane. Avant cela, Jurinic aura offert de la « Rêverie » de Debussy une lecture idéalement onirique, et de « Tears of light » une interprétation – de mémoire – très maîtrisée.