Musique & Festivals

L’instrument a trouvé sa place, les candidats pas toujours. Splendide Chostakovitch d’un candidat colombien.

Deuxième jour seulement des demi-finales du concours, et le violoncelle a déjà trouvé sa place comme s’il était là depuis toujours ! Le public se presse en masse au Studio 4 de Flagey, la Reine Mathilde, souvent accompagnée d’un de ses enfants, vient suivre les concertos à la séance de 15h (mais repart avant les récitals, sans doute faut-il retourner faire les devoirs), la garde-robe de la présentatrice permet aux téléspectateurs de régler les couleurs de leur téléviseur et Frank Braley, aussi à l’aise en frac à pans qu’en jeans, a l’allure du vieux briscard qui a tout connu. Et de fait.

Bach est ici encore au centre de toutes les attentions. Mais, promu en demi-finales, il s’évite d’être massacré par ceux qui n’en sont pas familiers. Et les concertos de Haydn, aussi naturels que ceux de Mozart, ne semblent pas aussi rabâchés. Dans le moderato initial de concerto en ut majeur, Brannon Cho, 22 ans, a imaginé une cadence presque torturée dont la noirceur vient un temps obscurcir le do majeur ambiant. Démarré sur un mode distant, l’Adagio central gagne peu à peu une profondeur étonnante, tandis que l’allegro final, servi par une technique souveraine, frise parfois la précipitation – tant côté dans l’orchestre que cher l’Américain d’origine chinoise.

Thomas Michael Auner, 26 ans opte pour le ré majeur. Quelques traits sont savonnés au début, l’intonation n’est pas irréprochable et la sonorité paraît trop frêle. Longuette et trop ambitieuse, la cadence, pourtant de sa propre main, verra l’Autrichien prendre l’eau. Le naufrage suivra.

Santiago Canon-Valencia, 22 ans, aborde avec sagesse le prélude et la sarabande de la suite n° 6 de Bach : plus franche, sa gigue est émaillée de quelques scories. On sent le Colombien plus à l’aise dans "A chacun sa chaconne", virtuose et très inventif dans les sonorités. Sa lecture de la sonate en ré mineur de Chostakovitch est une splendeur : allegro non troppo d’une lenteur intensément habitée, allegros diaboliques et largo déchiré et lunaire. Le Colombien termine avec des Variations sur un thème de Paganini de Hans Bottermund (qui fut violoncelle solo du Philharmonique de Berlin), une pièce virtuose dont la brièveté est le principal intérêt.

Irena Josifoska se montre peu inspirée par Bach, joué au pied de la lettre. La Serbo-hongroise caractérise avec application chacune des variations sur "Bei Männern, welche Liebe fühlen" mais, et le reste de la prestation – adagio et allegro op. 70 de Schumann, sonate de Debussy et imposé – le confirmera : la benjamine des demi-finales (20 ans !) est une violoncelliste en plein devenir, à qui la maturité permettra sans nul doute d’approfondir encore la substance des œuvres qu’elle aborde.