Tom Barman et compagnie donnaient le premier de leurs huit concerts sold out à l'AB, lundi soir. Chronique d'une prestation un rien décevante.

"Tu sais ce qui serait vraiment rock'n'roll ? Ne pas jouer un seul morceau de The Ideal Crash à l'Ancienne Belgique" nous disait Tom Barman en rigolant, il y a trois semaines, pour promouvoir la réédition du troisième album mythique de dEUS et les huit concerts programmés dans l'AB bruxelloise en l'honneur de son vingtième anniversaire. "Arriver en ayant terminé notre nouvel album et le tester devant notre public à la place. Mais on ne peut pas, il y aurait des émeutes."

Tom et ses acolytes sont tout à fait capables de nous offrir ce genre de petite surprise, mais le quintet n'a effectivement pas voulu prendre ce risque. Ce lundi soir, première des huit dates sold out de l'AB, The Ideal Crash est bien joué, dans l'ordre, et en intégralité. Put The Freaks Up Front lance donc les hostilités tout en distorsion, devant un public a priori conquis d'avance.​

"Qu'est-ce que vous êtes calmes"

On s'attend à retrouver d'emblée une certaine électricité, la tension émotionnelle qui accompagne les grands rendez-vous, l'excitation générée par cette bouchée de madeleine rock'n'roll qui ramène tout le monde deux décennies en arrière. ​Mais Sister Dew, One Advice, Space et The Magic Hour sont toutes ​accueillies poliment, avec respect, mais sans effusion de joie particulière. Ce qui inspire à Barman un très sincère "Mon dieu, que vous êtes calmes".

© BAUWERAERTS DIDIER

Le groupe est relativement bien en place : le grand écran qui joue sur les effets de lumière installe une belle ambiance, le nouveau guitariste fait le job sans être un monstre de charisme, et la voix de Barman se chauffe petit à petit. dEUS a en outre eu l'excellente idée de faire ​venir sur scène huit danseurs synchronisés qui occupent parfaitement l'espace et donnent une ampleur, un boost énergétique, au groupe lors des morceaux clés. Mais rien n'y fait. Sans que l'on puisse réellement l'expliquer, il manque la fameuse tension que nous évoquions plus haut. 

L'instant X

On se dit que c'est lundi, que tous les fans du groupe ont eu des gosses depuis la sortie initiale de l'album, et qu'on ne vit plus un concert à quarante ans comme à vingt. On se dit aussi que le groupe lui-même manque de mordant, que l'énergie doit venir de la scène quel que soit le public, et que l'ensemble est un peu trop propret. Quelle que soit la raison de cette anomalie, les deux parties s'influencent, et Barman - que l'on sait très dépendant de l'énergie du moment - a bien compris qu'il ne retournerait pas la salle ce soir.

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Poli, sympa, il remercie régulièrement son audience, sans s'exciter outre mesure. Après 45 minutes de concert, Instant Street arrive pile au bon moment, comme sur l'album. On sait que ce morceau peut tout changer, lancer les hostilités, créer quelque chose de spécial, et cela fonctionne. Les gens s'enthousiasment, lèvent les bras, quelques portables sont de sortie, et les danseurs viennent bien dynamiter l'ensemble. Ce morceau claque toujours autant, et l'on se prend finalement à croire que le concert s'offre en réalité une montée en puissance à l'image des compositions du groupe.

Quatre mains dans ta figure

​Malheureusement, tout cela retombe rapidement avec Magdalena et ne se relance pas sur Everybody's Weird, pourtant stimulant, dans le genre. L'album terminé après Dream Sequence #1, dEUS se retire tranquillement et s'offre deux rappels, exactement comme il l'a fait aux Pays-Bas, au Luxembourg et au Royaume-Uni, lors des premières dates de la tournée.

L'assistance est manifestement ravie de retrouver des classiques comme Quatre Mains et ce Roses final. Mais l'AB n'obtiendra rien de spécial, pas ce soir. Tout le monde a passé un bon moment et redécouvert bien pépère la bande-son de sa jeunesse. Vu le répertoire et le potentiel live de dEUS, on se dit qu'il y a mieux... Beaucoup mieux à faire lors des sept dates à venir.