Charlotte Gainsbourg, Vincent Delerm. Et avant eux Jane Birkin, Yann Tiersen. Si The Divine Comedy n'était pas, aussi, prophète en son pays, la France lui servirait volontiers de patrie d'accueil. Cet engouement ne doit pas seulement au lyrisme exacerbé de ses chansons mais à la théâtralité dont s'entoure Neil Hannon et l'inspiration littéraire dont s'imprègnent ses réalisations musicales. C'est le cas depuis belle lurette, et ce n'est pas "Victory for the Comic Muse" qui infléchira la tendance. Le songwriter de poche était au Botanique, lundi soir, pour présenter son nouvel album au public belge, accompagné des musiciens - guitare, basse, batterie, percus, violon, violoncelle et claviers - qui composent l'actuel line up de The Divine Comedy. Hannon et les siens ont offert une prestation virevoltante et inspirée, qui alternait extraits du dernier opus et morceaux de bravoure des précédents (peut-on jamais se lasser de "Tonight we fly" ?). Un récital de pop précieuse, touchée par la grâce ou dopée aux amphétamines et saupoudrée d'une pincée de cet humour et de cette désinvolture tout insulaires sur lesquels le dandy irlandais a bâti son image.

Le titre de l'album, "Victory for the comic muse", fait écho à celui de votre 1er disque "Fanfare for the comic muse". Pour signifier la fin d'un cycle ?

Je n'ai pas essayé de créer un lien entre les deux. Le titre m'a été inspiré par une citation de mon livre (et film) favori "Chambre avec vue". Je l'avais utilisé pour le premier, puis j'ai pensé revenir à la citation du film, en le voyant pour la 300e fois, parce que ça m'a fait rire, une fois de plus. C'est aussi une victoire d'avoir fait un bon album.

Est-ce aussi une victoire de pouvoir continuer à faire de la musique ?

Oui, dans l'environnement musical actuel, pouvoir faire une musique aussi étrange que la mienne est certainement une victoire. J'ai toujours refusé de travailler dans les limites que l'industrie du disque installe. Je crois que j'ai dérangé les gens en ne faisant jamais deux fois le même album. Mais je ne peux supporter que les gens s'ennuient...

Nigel Godrich (producteur et/ou mixeur des deux derniers albums) et Joby Talbot (compagnon de longue date) n'apparaissent pas au générique de l'album...

Nigel avait produit "Regeneration" quand nous n'avions pas vraiment d'idée de la manière dont nous voulions qu'il sonne. J'aime beaucoup ce disque, mais je n'ai pas vraiment apprécié sa fabrication. C'était inhabituel pour moi de ne pas être la personne qui explique aux autres ce qu'elles doivent faire. J'ai généralement une idée assez précise de ce que je veux. Et, pour être honnête, c'est une manière de reprendre confiance en moi-même. De toute façon, Nigel est atrocement cher. Je ne peux pas me permettre de le prendre sur chaque album. Quant à Joby, même s'il est très occupé à écrire des musiques de films, il serait venu si je lui avais demandé, mais je ne voulais pas être responsable de sa dépression nerveuse. Et puis, j'ai adoré le faire moi-même.

Certaines chansons de cet album traitent de l'idée de déclin. Est-ce un reflet de votre état d'esprit au moment de l'écriture ?

J'ai toujours été très conscient du fait que je suis mortel. Savoir que votre passage sera bref vous donne un coup de pied au cul pour faire les choses. "Snowball in negative", par exemple, correspond à un état d'esprit très particulier : vous donnez tant et plus pour les autres, au point d'arriver à vous interroger sur le temps qu'il reste à consacrer à soi-même.

Contrairement à d'autres groupes, on peut avoir l'impression que l'état du monde n'influe pas sur vos chansons...

En fait, il y a une chanson sur Myspace, appelée "Guantanamo", enregistrée en même temps que l'album qui est vraiment une protest song. Elle ne se trouve pas sur l'album, parce qu'elle ne collait pas du tout avec le reste. Je suis extrêmement tracassé par l'état de la planète. Il y a cependant une différence entre cette inquiétude et l'idée que vous pouvez changer quelque chose avec votre musique.

"Regeneration" et "Fin de siècle", aux antipodes l'un de l'autre, étaient-ils des manières d'expérimenter de nouvelles voies avant de revenir vers des horizons plus familiers ?

C'est certainement le cas pour "Regeneration". "Fin de siècle" c'est... vraiment un album de malade ! Je l'ai réécouté pour la première fois il y a deux ou trois ans. Je n'en revenais pas qu'il soit si intense. D'une certaine manière, il reflète la personne que j'étais à l'époque : frénétique, très occupé, passant au statut de pop star. C'était vraiment très amusant, mais ça m'a rendu un peu cinglé. Mais c'est ce que font les disques. C'est bien qu'ils aient une facette musicale, mais aussi une facette historique.

The Divine Comedy, "Victory for the comic muse", EMI.,

© La Libre Belgique 2006