Allô l’espace ? Ici Édimbourg, Écosse, on a un petit groupe bizarre mais culte qui pourrait vous intéresser. Quatre mélomanes biberonnés au son des années 90 qui ne demandent qu’à quitter leur Terre mère et se libérer de toute gravité. Leur nom : Django Django. Leur passion : les claviers disco pop, les percussions tribales et la science-fiction rétro-futuriste. Vous trouvez ça bizarre ? Nous aussi. Même les principaux intéressés sont de cet avis.

En 2012 - date de leur union - aucun d’entre eux ne s’attendait à être écouté au-delà du Royaume-Uni. Le succès de leur premier album éponyme prit tout le monde par surprise. Mais il faut croire que l’optimisme, une bonne dose de psychédélisme et une très riche culture musicale ont tendance à faire exploser les frontières. "Le groupe est né dans une chambre", s’amuse David McLean, batteur, chanteur et producteur du groupe, caché sous une ardente chevelure rousse. "On a peut-être commencé par vouloir nous échapper de là, avec Vinnie (Vincent Neff, guitare, chant). Mais il y avait un problème : nous n’avions pas la moindre idée de la façon dont nous pourrions reproduire notre musique en live. Dans l’un de nos premiers morceaux, je tape sur un livre avec des baguettes. Comment vous jouez ça en concert ? (rires) Nos débuts ont donc été désastreux, on a massacré la plupart de nos premières représentations en télévision et sur les scènes des grands festivals."

Passé le succès des tubes "Wor", "Hail Bop", "Default", et une nomination au prestigieux Mercury Prize britannique, la paire se perd. Beaucoup de sons, pas assez de choix, et trop d’intervenants au sein d’un duo devenu quatuor. Born Under Saturn (2015) puis Marble Skies (2018) s’essoufflent un peu, et voilà que Glowing in The Dark (littéralement " briller dans les ténèbres ", Caroline Music, sorti le 12/02) vient joliment relancer la machine, en revenant aux origines. "Nous ne sommes pas tant influencés par le son que par la liberté des années 90", insiste Dave McLean. "La sortie d’un album comme Screamadelica (1991) de Primal Scream a fait exploser les barrières entre rock, pop, dance et house music. Avant cela, nous aurions dû choisir entre notre amour pour le Velvet Underground et Public Enemy."


C’est précisément la plus grande réussite de ce quatrième album, qui passe brillamment de la pop dansante et contagieuse ("Right the Wrongs") à la douceur folk ("The World Will Turn") et la house ("Hold Fast"). "Jeune, je dévorais tant les albums de Neil Young que ceux de Kraftwerk", poursuit l’Écossais, prolixe comme jamais lorsqu’il s’agit de revenir sur la musique qu’il affectionne. "Mais j’étais avant tout passionné par les albums futuristes des années 60. Toute la musique moderne s’en est inspirée, le disco vient de là, la house music est née de musiciens qui utilisaient les synthétiseurs de manière totalement inappropriée, à mille lieues de ce pour quoi ils avaient été conçus. C’est comme cela que nous essayons de travailler." Chaque écoute révèle effectivement de nouvelles choses, de subtiles sonorités à peine audibles au premier abord, conférant une vraie richesse à l’ensemble.

Demander à Dave si son esprit libre ne souffre pas trop du confinement, c’est obtenir une réponse comme "non, ça va, le printemps est bientôt là", en pleine tempête de neige européenne. Comme quoi, une étagère remplie de vinyles est aussi efficace qu’une dizaine de billets d’avion. "Oui, l’avantage d’avoir accumulé les vinyles, c’est que, dès que j’ai envie de sampler quelque chose, je vais juste voir dans mon salon."

Niveau concerts, ça donne quoi aujourd’hui ? Faut-il acheter un ticket pour venir voir le groupe massacrer un bel album ? "Ça nous a pris un peu de temps, mais c’est bon désormais. Même si nos shows passent mieux dans un entrepôt à 2 h du matin que sur la Main Stage d’un festival à 14 h. Après, nous sommes limités financièrement. Si on en avait les moyens, on engagerait plein de musiciens, on multiplierait les percussions, et on enchaînerait le concert avec une fête. Mais cela coûte extrêmement cher. Je connais des groupes plus populaires que le nôtre qui ont frôlé la banqueroute, simplement parce qu’ils ont voulu tourner avec ‘le plus grand écran LCD d’Europe’." (rires) Il ne reste plus qu’à aller vivre cela en live, mais d’ici là un nouveau disque de Django Django sera sans doute prêt, nous glisse Dave.