Musique / Festivals

Des infirmiers de la Croix-Rouge qui arpentent le sol du village Francofou, des spectateurs qui commencent à montrer le bout de leur nez, des enfants qui essaient de récolter 100 gobelets vides qu'ils échangeront contre un T-shirt: le décor est planté, le dernier samedi des Francofolies est en route.

Au menu, un programme assez éclectique concocté pour plaire à un maximum de personnes. Il est 14 heures. Lau, une jeune chanteuse belge fait son entrée sur la scène principale du village Francofou. Toute de noir vêtue, l'artiste annonce la couleur. Sur un fond musical rock plutôt répétitif, elle essaie de convaincre mais la sauce ne prend pas. Avec un air plaintif elle tente de séduire un public spadois qui reste pantois.

Les jingles des Francofolies qui résonnent dans le village musical entre chaque concert annoncent l'arrivée de Kraj, le second artiste à fouler le plancher de la scène francofolle. Avec une certaine agilité dans son jeu de guitare et un dynamisme étonnant, il cherche à enlever le public dans une ambiance rock, en vain. Ici aussi, les spectateurs ont du mal à se trémousser. Les différents invités étaient pourtant censés donner du punch à la prestation de l'interprète belge.

Dans un tout autre style, le petit théâtre qui jouxte le Casino accueille à 16 heures une délégation de familles venues assister à la prestation de l'Orchestre royal de Chambre de Wallonie qui revisite quelques grands classiques de l'époque passée. Dans l'univers rouge à la fois sobre et voluptueux du théâtre, l'Orchestre se propose d'emmener le public dans un voyage au pays de la musique et des danses. De Bach à Lully, de Haydn à Tchaïkovski en passant par les Beatles.

Indéchiffrable

À 18 heures le village Francofou s'est rempli. Des jeunes tagueurs redécorent un gigantesque panneau. Le bar à Maitrank artisanal attire de nombreux assoiffés et les verres de bière se multiplient. Le concert de la chanteuse de r'n'b Wallen débute, alors que Starving, le groupe belge, est en préparation sur la scène Pierre Rapsat. Tout semble séparer les deux groupes: des rues noires de monde qui conduisent d'une scène à l'autre aux univers musicaux respectifs de chacun des deux concerts. Style r'n'b pour la rappeuse française, musique rock et électro pour le groupe belge, surprenant par les voix des deux chanteuses qui ont jailli dans le ciel de Spa.

C'est maintenant au tour du Peuple de l'Herbe, le groupe français que l'on annonce comme une «véritable machine de guerre scénique». Une batterie, deux dj's, un chanteur et une trompette: voici les ingrédients d'un monde musical unique. Les influences rap, électro, reggae et ska rendent le style du groupe indéchiffrable et surprenant, entraînant et novateur.

L'univers musical de Rachid Taha se place également à la croisée de plusieurs univers et instruments. Des chansons en arabe sur de la musique rock. Un luth, une derbouka et un djembé en dialogue avec une batterie et une guitare électrique. Dommage que l'on se perde dans ce manque de cohérence.

Au même moment, Daniel Darc débute son spectacle au village Francofou. Sur des morceaux mélancoliques mais aussi plus pêchus, l'artiste titube.

Avec Domgué, en clôture au Francofou, l'ambiance atteindra son paroxysme. Alliant merveilleusement le son psychédélique et délirant de son saxophone (qui couvre la moitié de son corps) avec des beats drum and bass et électro, le géant au crâne rasé a réussi à transporter le public dans son univers à lui, en métamorphosant les spectateurs, en les amenant dans un lieu où l'on ne peut que danser, tant la musique stimule toutes les particules du corps.

© La Libre Belgique 2005