Evoquer la pluie (et le beau temps) en parlant d’un festival rock relève de la platitude redondante. Dans le cas de Dour, impossible toutefois de ne pas se souvenir du déluge de l’an passé. Rarement un rassemblement musical n’avait vu tant de mollets submergés traverser des passages évoquant - littéralement - des rivières. La plaine de la Machine à Feu criblée de chaussures perdues avait d’ailleurs vu Rohan Lee annuler sa prestation du dimanche. "On s’est préparé au pire cette fois-ci", lance Alex Stevens, programmateur du festival. "On a construit une fosse de plusieurs milliers de litres sous le chapiteau du Dance Hall pour évacuer l’eau, juste au cas où. Rohan Lee reviendra le même jour et le même lieu : ils joueront au sec." Le public qui en 2012 prenait des allures tribales à force de chutes dans la gadoue a tellement été marqué par la pluviométrie que "dès les premières infos qu’on a posté sur la programmation, les gens ont réagi en parlant de boue. Ils demandaient si on remboursait les bottes et se moquaient complètement de la musique. Lorsque j’ai annoncé sur Facebook que la boue avait annulé sa venue, on a reçu 150 commentaires !" poursuit le programmateur.

L’affiche 2013 de l’événement, qui devrait cette fois se déployer au sec, vaut pourtant le détour pour son éclectisme kaléidoscopique. Electro, drum’n’bass, rock, dubstep, metal, hip hop, soul, ska, punk… impossible de viser l’exhaustivité en citant les genres et dérivés hybrides invités à Dour 2013. "On est moins forts en métal cette année", avoue Alex Stevens "mais l’affiche rap est la meilleure qu’on aie proposé depuis longtemps". La musique hip hop y est de fait bien représentée avec des noms francophones comme Veence Hanao, Odezene, Psy4 de la Rime et IAM. Les flows issus de l’autre côté de l’Atlantique devraient également provoquer des vagues puisque Riff Raff, La Coka Nostra (ex-House of Pain et Limp Bizkit) et Wu-Tang Clan claqueront. Sans oublier Jurassic 5, qui vient de se reformer après six ans de séparation.

Dans les rangs des Ovnis capables de rayonner sur le site, Mykki Blanco file une grand claque au hip hop machiste à coups d’influence drag et transgenre. Rythmique minimale et voix grave : les fans de Frank Ocean devraient acquiescer. Egalement originaire de New York, Action Bronson, un-ex chef cuisinier qui troqué sa spatule contre un micro, livre une recette underground proche de Ghostface Killah. De l’autre côté du spectre rap, et toujours sur la scène Boombox, le premier jour, ne pas oublier également d’aller jeter une oreille aux influences free jazz des Canadiens de BadBadNotGood. "On préfère ne pas tout miser sur une grosse tête d’affiche, actuellement c’est trop risqué. On multiplie les publics et les genres", poursuit Alex Steven. "L’avis des gens sur le web nous aide dans notre programmation, mais il reste une source comme une autre. Des phénomènes comme le Trap (NdlR : dont Harlem Shake est le représentant) ont poussé des centaines de personnes à plébisciter ce genre en septembre dernier. Mais certaines niches se montent et se défont très vite, il faut rester attentif." Tout récent soit-il, le dubstep n’en demeure pas moins à l’honneur ce samedi dans la Red Bull Elektropedia.

Côté pile, une première partie baptisée Roots of Dubstep ouvrira la journée avec cinq artistes dont Digital Mystikz, pionnier londonien du genre imbibé par la culture des sound-systems jamaïcains. Downlink, Zomboy et Skism, des jeunes pousses raviront, eux, les fans de Skrillex et prendront enfin le relais en soirée. "Nous avons fait de la mixité musicale une identité. Dave Clark était venu 1997, c’était la première fois qu’on voyait une soirée electro dans un festival rock. Aujourd’hui, tous les festivals le font", sourit Alex Stevens. Si elles essayaient déjà des regroupements par genre les précédentes années, les sept scènes du plus grand rassemblement musical wallon (144 000 visiteurs attendus sur quatre jours cette année) indiquent désormais la couleur de leur identité musicale sur le programme (excepté la Last Arena). Pratique.

Côté rock, on retiendra la venue des Smashing Pumpkins, des Yeah Yeah Yeahs, de JC Satan, Mujeres, Two Gallants et Thee Oh Sees, groupe garage rock à voir pour ne pas mourir idiot en 2013. Dour n’a malheureusement pas prévu d’événement anniversaire pour sa 25e édition, ce qui ne l’empêchera pas d’organiser une Belgian National Day Party ce dimanche 21 juillet. L’occasion de sauter sur les beats de Salut, C’est Cool, collectif bordelais qui navigue quelque part entre Didier Super (version electro) et Janin & Libersky période Jaadtoly. Sans oublier The Belgians, projet d’Experimental Tropic Blues Band qui s’entourera d’une fanfare sur fond de slideshow racontant l’histoire de la Belgique. Reste à espérer que la pluie nationale ne soit pas au rendez-vous ce jour-là. Cliché, vous avez dit cliché ?

Dour, Plaine de la Machine à Feu, du 18 au 21 juillet, de 50 à 60 € / jour et de 105 à 125 € / 4 jours. Infos : www.dourfestival.be