Musique / Festivals
Malgré le fait que l’Eurovision, instrument de paix entre les nations au travers de la musique, créé dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, se veut apolitique, la politique s’invite, d’une manière ou d’une autre, quasiment chaque année au Concours.

L’une de ses plus évidentes manifestations, c’est le vote géopolitique entre pays amis. Les pays scandinaves et de l’ex-Yougoslavie (ces derniers pourtant ennemis d’hier) votent les uns pour les autres ; le Benelux ayant fait de même longtemps. Liés par l’Histoire, Chypre et la Grèce, la Russie, la Biélorussie et les anciennes Républiques soviétiques, la Roumanie et la Moldavie s’échangent des points, tout comme certains pays marqués par une forte et particulière tradition d’immigration (Allemagne et Turquie, Israël et France…).

Les années où des pays ont choisi de ne pas participer, en guise de protestation, sont nombreuses : l’Autriche en 1969 pour dénoncer la tenue du Concours dans l’Espagne franquiste, la Grèce et la Turquie, en pleine question chypriote, qui refusent de concourir ensemble aux éditions 1975 et 1977 ou encore la Géorgie, absente à Moscou en 2009, quelques mois après qu’un bref mais sanglant conflit armé l’a opposée à la Russie.

Subtilement ou pas

Si le règlement de l’Eurovision stipule que “les paroles, discours, gestes d’une nature politique” sont strictement prohibés, des candidats font tout de même passer un message, de façon plus ou moins explicite. Un exemple récent, en 2016, année où l’Ukraine est en guerre avec la Russie, qui a pris possession deux ans plus tôt d’une partie de son territoire, la Crimée. La chanteuse ukrainienne Jamala est choisie pour représenter son pays au Concours, avec une chanson qui ne passera pas inaperçue. “1944” s’inspire de son histoire familiale et évoque la déportation des Tatars de Crimée par Staline dans les années 40. Une manière subtile pour l’artiste et son pays de dénoncer l’annexion de cette région. Sans surprise, les deux pays ne se donnent aucun point mais Jamala écrase la concurrence et remporte la victoire finale, en dépit des protestations politiques russes en amont.



Parfois, c’est un membre du public qui profite de l’occasion (l’Eurovision est tout de même l’un des programmes télé les plus regardés au monde) pour exprimer son opinion, pas toujours très clairement d’ailleurs. L’an dernier, un homme a surgi sur la scène pendant la prestation de la candidate britannique. Il a pu s’emparer de son micro et crier en anglais : “Médias nazis du Royaume-Uni, nous exigeons la liberté. La guerre n’est pas la paix”, avant d’être évacué manu militari par la sécurité et arrêté par la police.



On évoquera enfin cette anecdote qui place une chanson de l’Eurovision dans l’histoire européenne. “E depois do adeus”, candidature portugaise de 1974, a en effet été choisie par les putschistes qui ont renversé la dictature de Salazar au Portugal comme premier des deux signaux lancés à la radio, le 24 avril 1974, annonçant que la libératrice Révolution des œillets était en marche.