Si l’an dernier le Centre Culturel Jacques Franck avait été choisi pour être le théâtre de la finale du concours, dans la foulée de sa dixième bougie soufflée, la compétition organisée par le Conseil de la Musique opérait cette fois un retour dans l’antre du Botanique. Véritable tremplin pour les jeunes talents issus de la Communauté française, l’événement offre surtout aux lauréats l’opportunité d’obtenir davantage de visibilité via plusieurs scènes importantes, des sessions de studio gracieusement offertes et quelques aides pécuniaires substantielles. De précieuses récompenses quand l’on sait les difficultés au travers desquelles passe aujourd’hui un grand nombre d’artistes en quête de reconnaissance sous nos latitudes, aussi inspirés soient-ils. Seule condition de participation et dénominateur commun des six finalistes : un répertoire original exprimé en français. Une fois de plus, la langue de Victor Hugo a donc été déclinée à tous les genres, navigant entre refrains pop-rock, chansons, répliques hip hop et salves électroniques, nouvelle preuve s’il en fallait de la richesse du terreau musical en Belgique francophone.

Clandestine, L’Os de Seiche, Invaderdz, Artémiss, Scylla et La Biur

Le cru 2009 du concours brassait tous les genres qui font aujourd’hui la musique populaire du 21ème siècle. Parmi les forces en présence, trois étaient issues de la demi-finale hip hop : la rappeuse Artémiss, la formation liégeoise Invaderdz et le bruxellois Scylla. Au rayon chanson, deux candidats au titre étaient en lice : Mathieu Vandermolen, chanteur et guitariste, défendait son projet solo, L’Os de Seiche, face aux ritournelles du quatuor Clandestine. Enfin côté pop-rock, seule Emilie Sabbia, armée de l’électro débridée de La Biur, était parvenue à se frayer un chemin jusqu’au Botanique. Six formations ou artistes se disputaient donc la Rotonde dans l’espoir de décrocher l’un des nombreux prix à pourvoir à l’issue du verdict.

Forts d’un premier opus sorti en décembre dernier, "Les Noces de Cupidon", les quatre garçons de Clandestine, qui avaient la lourde tâche d’entamer les festivités, font un passage apprécié en début de soirée. Œuvrant dans la cour des Renan Luce et autres Bénabar, le groupe conjugue la jolie plume de Simon Orianne aux sons des cordes et percussions de ses complices de scène, dans un registre "chanson française réaliste" classique, alliant la pertinence des mots au savoir-faire instrumental. Puis c’est au tour d’Artémiss de fouler les planches. Mais la technique irréprochable et le flow épileptique de la demoiselle ne suffiront pas à pallier une prestation en demi-teinte et la pauvreté du rendu de ses compositions sur scène.

Les Liégeois d’Invaderdz prennent alors les commandes pour un ultime voyage spatial dans leur galaxie de métaphores. Victime d’un problème de décollage, le groupe peinera à égaler sa prestation des demi-finales. Le temps de quelques notes, le public goûte ensuite au doux surréalisme de L’Os de Seiche. S’il jouit d’un capital sympathie évident, Mathieu Vandermolen n’en décontenance pas moins le jury, oscillant entre le faussement juste et le justement faux, sans maîtriser les dérapages.

Avant de laisser aux rythmes synthétiques et textes décalés de la Liégeoise La Biur le soin de clôturer la soirée, l’arrivée de Scylla est des plus remarquées. Membre du groupe de rap Opak, le MC a d’ores et déjà gagné sa part de notoriété et fait face à un public acquis à sa cause. De coups de poings en coups de cœurs, "l’ogre à la voix d’ange" livre son message avec charisme et efficacité. L’assemblée ne s’y trompe pas. Le jury non plus Car si chacun des participants repart avec quelques prix encourageants dans sa besace (une aide à la production du studio Think’n’Talk pour L’Os de Seiche, 1500€ de la SABAM pour Invaderdz, une tournée dans les écoles avec les Jeunesses Musicales et plusieurs scènes pour La Biur, etc.), Scylla fut bel et bien le grand vainqueur. Ce dernier se voit décerner le 1er prix (3000€ de la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel, Fadila Laanan + 1000€ du ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale, Charles Picqué), toute une série de dates de concerts (Couleur Café, Brussels Summer Festival, Fête de la Musique de Bruxelles et de Lausanne ) et plusieurs journées de travail dans les studios de PureFM. Second grand gagnant du jour, Clandestine repart avec le 2ème prix du concours et une somme de 2000€ de la Région bruxelloise.

Côté organisation, on dresse un bilan positif au lendemain de la finale. « Le résultat est assez logique » analyse Nicolas Alsteen, programmateur du Conseil de la Musique. « En récompensant Clandestine, le concours demeure ancré dans une tradition de chanson française. Tandis qu’avec Scylla, on a affaire à un lauréat purement hip hop. J’y vois comme un appel du pied des membres du jury. Un éclairage sur ces nombreux artistes du rap qui longtemps se sentaient oubliés, mais qui aujourd’hui apparaissent sur un pied d’égalité face aux autres genres francophones d’expression musicale ».