Eh non, il n’est pas dans le domaine public ! Mort le 8 septembre 1949, il n’y tombera qu’en 2020. Mais la musique de Richard Strauss reste aujourd’hui tellement populaire qu’on le joue quand même envers et contre tout, quel qu’en soit le prix : ses lieder, dont le fabuleux "Morgen" (Thomas Hampson en chantera une sélection ce samedi au Bozar), ses poèmes symphoniques (de "Don Juan" à "Une vie de héros" en passant par le fameux "Ainsi parlait Zarathoustra"), et surtout ses opéras.


Où est Strauss ?

Ses opéras ? Quinze en tout, peu à côté de Haendel, Verdi ou Donizetti. Mais plus que Wagner, dont il est une sorte de prolongement naturel. Dans ces opéras, six sont régulièrement joués ("Salome", "Elektra", "Le Chevalier à la rose", "Ariane à Naxos", "Arabella" et "Capriccio"), et un septième - "La Femme sans ombre" - l’est de plus en plus souvent nonobstant sa complexité, conceptuelle plus que musicale.

Les autres sont plus rares, alors on profitera de cet anniversaire un peu boiteux (cent cinquante ans) pour voir "Feuersnot" (Palerme), "La Femme silencieuse" (Chemnitz) ou "Daphné" (Francfort et Toulouse).

Pour les classiques, on ira un peu partout, et tout particulièrement, en juin, à Budapest (un festival prévu) et à Garmisch-Partenkirchen (sa ville de prédilection) et, en novembre, à Dresde, qui accueillit la création de plus de la moitié de ses opéras. Pour le reste, on rêvera de "Guntram" (le premier opéra, créé en 1894), de "L’Amour de Danaé" (le dernier, créé à titre posthume en 1952), mais aussi des trop rares "Intermezzo", "Hélène d’Egypte" ou "Jour de paix".


Ce qu’on reproche à Strauss

Il y a quelque chose d’apparemment trop assis dans la carrière de Richard Strauss. Né le 11 juin 1864 dans une famille de la bourgeoisie de Munich (son père est corniste solo à l’Orchestre de l’Opéra, sa mère issue d’une famille de brasseurs), il montre très vite un don musical et signe ses premières œuvres à l’âge de six ans. Il se fait peu à peu connaître comme chef d’orchestre, tout en signant entre 1888 et 1899 une série de poèmes symphoniques qui attirent l’attention sur ses talents de compositeur et restent, aujourd’hui encore, des modèles du genre.

L’opéra sera ensuite sa voie royale, dans une veine apparemment plus audacieuse au début puis d’un conservatisme tranquillement assumé : à l’opposé de la seconde école de Vienne, Strauss continue à faire consonnant, fastueux et romantique en diable. Jusqu’à composer encore en 1949, quelques semaines avant sa mort, ses fameux Quatre derniers lieder, véritable antidote à tout ce que le monde d’alors peut compter d’atonal et de dodécaphoniste.

Le succès de ses opéras viendra, entre autres, de sa capacité à s’entourer de librettistes de talent : Hugo von Hofmannsthal jusqu’en 1929 (six opéras, de "Elektra" à "Arabella") puis, trop brièvement, Stefan Zweig. C’est que les Nazis sont arrivés au pouvoir et qu’ils tolèrent mal que Strauss, nommé en 1933 président de la Chambre de musique du Reich, collabore avec un Juif. Constatant qu’on a retiré le nom de Zweig de l’affiche de la création de "La femme silencieuse", le compositeur menace de ne pas y assister. Le nom est rétabli, mais l’œuvre est rapidement retirée de l’affiche. Strauss démissionnera d’un poste éminemment politique qu’il avait, sans doute, accepté par ignorance, voire par lâcheté, plus que par choix idéologique. Trop tard sans doute pour échapper à l’accusation de sympathie, voire de complaisance, à l’égard du régime hitlérien.