Pour s’offrir des têtes d’affiches, les festivals de l’été doivent casser leur tirelire

Elle est loin l’époque où organiser un festival ne demandait qu’une pâture à vaches, une pompe à bière, une scène et quelques contacts pour avoir des artistes. Aujourd’hui, la concurrence fait rage entre les acteurs du secteur. L’heure est à l’ultraprofessionnalisme et dégoter la bonne tête d’affiche et les bons artistes est devenu un métier et coûte cher, très cher.

" Le prix d’un artiste va varier selon qu’il est capable de remplir une salle de concert comme le Botanique, l’Ancienne Belgique, le Forest National ou le stade Roi Baudouin, explique Alex Stevens, le directeur de la programmation du festival de Dour (50.000 spectateurs par jour). Notre politique est de donner plus ou moins à l’artiste ce qu’il touche en salle. S’il nous demande le double ou le triple - ce qui arrive - on ne le prend pas, car cela se répercuterait sur le prix du billet, au risque de nous faire perdre une partie de notre public."

Tout étant fonction de la notoriété des artistes convoités, la programmation relève donc d’un habile calcul entre la foule que peut ramener un artiste populaire et son impact sur le prix du billet. " En ce qui concerne Dour, nous travaillons par ambiances et nous privilégions le festival à l’artiste, poursuit Alex Stevens. Les gens ne viennent pas à Dour pour voir un artiste en particulier. Ce qui nous permet d’être moins tributaires du cachet demandé par les têtes d’affiches, qui sont de plus en plus chères."

Régulièrement mentionnée, la bulle qui se forme autour du cachet des artistes à succès n’a donc rien d’un mythe. Les groupes extrêmement populaires susceptibles de figurer en haut de l’affiche demandent des sommes de plus en plus importantes. Combien ? Difficile d’être précis. Aucune information officielle n’existe sur le sujet, les organisateurs n’aiment pas parler de ça et le plus souvent, les contrats passés avec les artistes font l’objet de clauses de confidentialité sur le sujet.

Néanmoins, des prix circulent, grâce notamment à des agences de booking, et certains font littéralement tourner la tête !

La crise du disque étant passée par là, les artistes profitent parfois de la demande importante ou de la négociation d’une exclusivité avec un festival pour gonfler leurs prix. Certains organisateurs, au Royaume-Uni notamment, ont des moyens colossaux et font exploser les prix du marché en acceptant certaines demandes. Mais ce ne sont pas là les seules raisons.

Pour le programmateur de Dour, un autre élément entre en compte : la taille de plus en plus importante des productions. Il y a quelques dizaines d’années, un groupe de rock n’était assisté que de trois ou quatre roadies s’occupant de leur matériel. " Aujourd’hui, une grosse tête d’affiche comme Justice (groupe français de musique électronique, NdlR) débarque avec quarante personnes, plusieurs semi-remorques et une scène tellement grande qu’il faut la monter en deux temps ", explique Alex Stevens. La faute à qui ? Aux artistes bien sûr, mais aussi au public "d e plus en plus friand de grosses productions de ce type avec des effets visuels, des écrans, une scénographie évoluée… Tout cela a un coût" .

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un artiste électronique qui se produit en live coûte beaucoup plus cher qu’un artiste programmé en "DJ set", car il suffit dans ce second cas de faire venir l’artiste seul avec quelques disques ou une simple clé USB.

Les programmateurs de festivals que nous avons contactés sont d’accords sur un point : les têtes d’affiches sont devenues indispensables pour répondre aux demandes du public. Certains festivals, comme Dour, les limitent et respectent un budget strict. D’autres, comme Werchter, les multiplient, et les plus petites manifestations comme Esperanzah ! ont parfois du mal à en trouver. " Dans certains cas, nous ne pouvons tout simplement pas payer les cachets demandés , nous explique Jean-Yves Laffineur. Mais il s’agit parfois simplement d’une question d’exclusivité. Certains tourneurs ne nous considèrent pas comme leur priorité et signent des exclusivités pour leurs groupes avec les gros festivals. Dans ce cas, impossible de négocier. "

Le Belge, un ami fidèle en festival

De tous les peuples d’Europe, enfin presque, les Belges sont non seulement les plus braves mais aussi les plus sociables en festival. C’est ce qu’indique une étude réalisée par l’appli de rencontres belge Twoo. 59 % des festivaliers belges aiment se faire de nouveaux amis à cette occasion - et plus si affinité - et 33 % d’entre eux prolongent ce contact au-delà de la saison des festivals. C’est bien mieux que les Britanniques, les Français, les Néerlandais et les Allemands qui arrivent derniers.


14 millions d'euros

Ils ne sont peut-être pas les plus chers, mais ils ne doivent pas être loin de la tête du classement des artistes les plus onéreux en festival. Pour leur venue à Werchter Classic, Guns N’Roses aurait touché un cachet de 3 millions $. Mais en 2016, pour se produire au festival américain de Coachella en 2016, ce sont 14 millions $ qu’ils ont empochés.

1 million d'euros

Ils ne sont pas nombreux à demander 1 million $ pour se produire en festival, mais c’est le prix à payer pour s’offrir des cadors qui brassent large en matière de public. Bruce Springsteen, Madonna, Taylor Swift, Bon Jovi et Justin Bieber appartiennent à cette catégorie d’artistes. Pour 250.000 $ de moins, Coldplay vous disait oui. Mais ça, c’était en 2014…

Jusqu'à 500.000 euros

L’an dernier, Europe 1 avait dévoilé les cachets d’artistes disponibles pour les festivals. Pour Louane, les Fréro Delavega ou Kendji Girac, il en coûtait 100.000 €. Pour une fois plus raisonnable que les autres, Michel Polnareff demandait entre 250.000 et 300.000 € et les Insus, ex-Téléphone, entre 300.000 et 600.000 €. Radiohead, Muse et les Foo Fighters dépassent aussi les 500.000 €.