L’opéra de Beethoven en concert dynamisé à Bozar. Critique.

Bozar l’avait annoncé "semi-concertant" (verre à moitié vide), le programme de soirée le disait plus logiquement "semi-scénique" (verre à moitié plein) : parmi ses contributions à l’année de jubilé 1770-2020, la salle bruxelloise, un peu clairsemée, proposait mardi Fidelio de Beethoven. Plus qu’un simple concert, un véritable spectacle venu du Nord avec une affiche presque entièrement suédoise : orchestre, chœur et solistes, seul le chef (le Danois Thomas Dausgaard) le metteur en scène (l’Anglais Sam Brown) et un des chanteurs (l’Autrichien Daniel Johanssen, excellent Jaquino - curieusement rebaptisé Joaquino dans le programme de soirée).

Texte plus "moderne"

On n’aura pas été vraiment convaincu de l’intérêt du nouveau texte proposé pour les dialogues parlés, dont l’auteur n’est d’ailleurs pas crédité dans le programme : il se veut sans doute plus "moderne", donne une place plus importante à Jaquino (notamment dans le mélodrame du début du deuxième acte) et ajoute quelques répliques politiquement correctes sur l’image de la femme dans la société, mais était-ce vraiment nécessaire ? L’original aurait fait aussi bien.

Orchestre resserré et de plain-pied au centre de la scène, bordé de dix grandes lampes verticales et de la cage d’un Florestan omniprésent tout au long de la soirée, costumes d’aujourd’hui (Léonore est entourée d’autres femmes recherchant un mari ou un fils disparu, on pense aux "folles de la place de mai") : la mise en espace signée Sam Brown n’innove en rien, mais fonctionne globalement et réussit particulièrement les scènes de chœur ainsi que le final. On est plus réservé sur la drôlerie et, surtout, l’opportunité des gags : le chef amené deux fois sur scène par un geôlier et installé de force à son pupitre, ou Pizzarro discutant benoîtement avec Rocco de la façon dont Jaquino le tient en joue.

La réalisation semi-scénique a pour vertu de dynamiser la soirée, et on ne lui demande pas plus. Le dernier mot reste à la musique, et elle est bien servie. Direction nette et vive de Dausgaard, orchestre de chambre suédois historiquement informé, superbe Chœur de la radio suédoise, et des solistes de premier plan, dont on retiendra particulièrement le Pizzarro souverain de John Ludgren et la Léonore puissante de Nina Stemme : après un premier acte difficile aux aigus instables et criards, la soprano suédoise retrouve au deuxième un mélange d’élégance, d’autorité et d’expressivité qui fait merveille.