Dans l’imposé comme dans son concerto, la candidate germano-roumaine ne va pas toujours au fond des choses.

Comme Ji Won Song, entendue mardi soir, Ioana Cristina Goicea joue un Guadagnini. D’origine roumaine, la sixième finaliste a également acquis la nationalité allemande, et c’est d’ailleurs son Etat d’adoption qui a mis à sa disposition ce bel instrument dont la sonorité séduit d’emblée dans Fidl. La candidate confirme les qualités de solidité montrées en demi-finales, mais certaines attaques manquent un peu de précision. Goicea esquisse çà et là un léger sourire, - par exemple dans les passages de valses - mais on la voit aussi parfois esquisser une moue, ou manifester une extrême concentration. Cette expressivité du visage ne se traduit cependant pas réellement dans une lecture qui reste un peu décousue et en surface.


Depuis 2005 – ils étaient alors six finalistes à l’avoir choisi ! – le premier concerto de Chostakovitch est devenu un classique du Concours Reine Elisabeth, à l’affiche lors de chaque session de violon : il faut dire qu’il a valu la victoire non seulement à Alexei Michlin (1963), mais aussi à Sergey Khachatryan (2005, justement) et Andrey Baranov (2012). Cette année, Goicea est la seule à le proposer mais, d’emblée, son approche surprend : le nocturne initial, qu’on est habitué à entendre dans une noirceur extrême et désolée, est donné ici avec une sérénité raffinée mais un peu détachée. Le scherzo est certes fantasque mais, au début en tout cas, dans un mode plus confus que grotesque ou sarcastique. Hugh Wolff semble chercher à capter le regard de la soliste, mais sans y parvenir. La synchronisation revient heureusement, permettant d’admirer sa maîtrise technique. La passacaille verra à nouveau la candidate en recherche de sonorités pures et de lyrisme, et le Guadagnini fait ici aussi merveille, mais on peut regretter une fois encore un certain déficit de profondeur. Après une cadence très bien en place mais qui ne donne jamais le sentiment de vie ou de mort, restera le burlesque final, bien enlevé sans être pour autant inoubliable.