Musique / Festivals

Au Concours Reine Elisabeth, la dernière soirée des finales est toujours un peu spéciale. Parce qu’elle se clôture par la proclamation des résultats bien sûr, mais aussi parce que c’est le temps des hommages. Hommage à l’Orchestre National de Belgique et à son directeur musical Hugh Wolf pour leur soutien attentif aux douze lauréats et la qualité de leurs prestations, mais aussi hommage au compositeur de l’imposé. Pour sa première prestation dans cet exercice de remerciements tout aussi imposé que son objet, Gilles Ledure aura eu la bonne idée de faire frapper le jury d’un pied unanime, clin d’œil à la figure de percussion pédestre qui termine Fidl. Plus inattendue, mais cent fois méritée, l’ovation debout et spontanée de la salle au compositeur finlandais.

La dernier Fidl n’aura certes pas été le plus réussi de la semaine, mais on aura admiré le volontarisme décidé que met Eva Rabchevska à surmonter, pas toujours avec un égal bonheur, les pièges de l’œuvre. La jeune Ukrainienne est dans le mode combatif, et on est très loin de la cohérence lumineuse de la lecture de Timothy Chooi. Manifestement, la benjamine de ce tour final – 22 ans seulement ! – est déjà en pensée dans « son » concerto, qui sera le clou de sa prestation et de son concours.

Ce sera le concerto de Brahms, le troisième de cette session après ceux donnés par Stephen Kim et Yukiko Uno (et on se demande au passage si c’est par hasard que les trois candidats les plus jeunes ont choisi ce concerto ?). Un Brahms qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de la violoniste japonaise deux jours plus tôt, quoique dans un mode moins souriant : attaqué avec gourmandise, poursuivi avec enthousiasme, mais aussi avec pas mal d’attaques imprécises et d’intonations approximatives. A tel point que, avant même la fin de l’allegro initial, Rabchevska semble avoir atteint cette liberté de ton propre à ceux qui se rendent compte qu’ils ont trop trébuché et ne gagneront pas, mais qui prennent juste le plaisir de continuer jusqu’au bout, libérés de toute pression et sachant qu’ils n’ont plus rien à perdre. Et cette franchise mérite le respect.