Musique / Festivals "Fidl" sombre, Brahms paroxystique, le musicien livre une prestation brillante mais tendue.

Né à Séoul, de nationalité américaine, Stephen Kim, 23 ans, fait partie des cadets de cette finale. Frêle d’allure, il est d’une incroyable énergie et s’est jusqu’ici révélé un musicien accompli… Il joue Fidl de Kimmo Hakola de mémoire, une performance en soi, et traduit d’emblée sa vision de l’œuvre : tendue, passionnée et sombre (quoique composée dans les lumières du nord…). Le climat festif et coloré de Hsu, entendu hier, le cède ici à une fresque épique aux accents âpres et violents, y compris à l’orchestre, et jusque dans la lancinante cadence, avant que ce que nous appellerons "le départ vers la haute mer" laisse enfin le chant du violon s’épanouir. Et que les courts épisodes menant vers la conclusion livrent leur juste part de fantaisie (pizz et frappes du talon sur le plancher, reprises par tout l’orchestre).


Le premier vrai sourire viendra de Brahms - au prix, à nouveau, de quelques tensions en entrée de jeu - et l’on renouera alors avec le musicien profond, intérieur, découvert au premier tour, jouant comme à l’écoute d’une musique venant d’un autre que lui (ou du ciel). Mais la tendance à jouer en force, en écrasant le son et en oubliant de laisser respirer ses phrases (et lui-même…), restera, tout au long de cet allegro initial, un obstacle à la fluidité et à l’épanouissement du discours musical. À cet égard, et malgré ses déferlements de virtuosité, le meilleur moment de la cadence fut dans les retrouvailles, enfin apaisées, avec l’orchestre. Lequel ne lui rendit pas la pareille dans l’introduction pataude de l’adagio. Mais la suite fut plus heureuse, avec un Stephen Kim enfin détendu, au lyrisme puissant, délivré du tout devoir de performance, et d’autant plus prenant. Quant à l’Allegro giocoso conclusif, il souffrit des mêmes travers que Fidl plus tôt : alors que ce mouvement est construit sur des thèmes populaires et dansants, il fut abordé comme une course à l’abîme, trop sévère, trop sérieux, mais peut-être traversé, oui, par quelques éclairs de plaisir.