Un an de galère", aurions-nous pu titrer cet article. Et pourtant, depuis le 18 mars 2020 et l’apparition du mot "confinement", Flagey n’a cessé de se démener pour proposer "quelque chose". Dès le mois de mars, la salle a mis sur pied "Flagey Chez Soi", série d’incursions à domicile chez des artistes amis (le batteur Antoine Pierre, la violoniste Sylvia Huang…) invités à se produire dans leur salon et à se filmer avec les moyens du bord. Le tour de chauffe idéal pour tester les joies de la culture en ligne, avant d’investir dans des capacités de streaming.

"Tout était diffusé sur nos réseaux sociaux, se remémore Maarten Van Rousselt, en charge de la programmation jazz de l’institution bruxelloise. Mais la qualité des images était très variable, et de nombreux artistes ont commencé à proposer du contenu via leurs propres réseaux sociaux. Ce qui a posé la question de la gratuité." Plus favorable à l’idée d’une culture accessible mais payante, et plus aboutie sur le plan technique, la salle s’est ensuite associée à d’autres acteurs, dont le Gent Jazz et le Jazz à Liège, pour mettre sur pied le Bel Jazz Fest : deux soirées de concerts de jazz, diffusés en streaming live sur achat d’un ticket. Résultat : trois mille billets vendus et une possible voie à développer.

© Belga

Du streaming aux Masterclass

Flagey On Air est venu décliner la formule avec diffusion en radio et public réduit, durant l’été. De "vrais" concerts pouvant compter jusqu’à 450 spectateurs ont suivi à la rentrée. "Tout affichait systématiquement complet, s’enthousiasme Maarten Van Rousselt. Puis la deuxième vague est arrivée. Les concerts restants ont été reportés à l’automne 2021 et nous avons décidé que le Brussels Jazz Festival et les Piano Days seraient streamés."

Les deux événements fonctionnent relativement bien. Mais après une année à vivre la culture par écrans interposés, le public commence à s’en lasser. "Dès le Brussels Jazz, nous avons proposé du contenu supplémentaire aux concerts, dont des interviews d’artistes et des plongées en coulisses, poursuit le programmateur. Mais il fallait aller un cran plus loin." Rodé, le public en veut plus et manifeste un certain intérêt pour le volet intime de l’aventure. Ce que propose désormais le concept de Masters@Work.

Giltburg, Galland et Goerner

D’ici au 27 juin, trois artistes de renom se produiront dans les studios de Flagey. "Cette fois, ce n’est pas du direct, avertit Maarten Van Rousselt. Car il s’agit d’une formule hybride : l’artiste interprète une œuvre, et donne une conférence dans laquelle il revient sur son approche, sa technique, l’histoire de l’œuvre jouée. Tout est enregistré pour mieux intégrer le concert et la masterclass, mais aussi soigner les images et les visuels que certains artistes souhaitaient apporter. La personne qui achète un billet a alors deux semaines pour voir et revoir la session en ligne."

Le pianiste israélien Boris Giltburg, lauréat du Concours Reine Elisabeth 2013, interprétera la première sonate pour piano opus 28 de Rachmaninov, et reviendra sur les secrets de composition du compositeur russe. La vidéo, d’ores et déjà accessible via le site Internet de Flagey, est disponible jusqu’au 16 mai. Le batteur de jazz belge Stéphane Galland interprétera quatre de ses compositions personnelles et reviendra sur le rapport au rythme acquis au cours de sa riche et longue carrière, dans une vidéo disponible en ligne du 21 mai au 6 juin. Nelson Goerner (lire lien ci-dessous) viendra clôturer l’aventure, dans une session que vous pourrez consulter du 11 au 27 juin. Chacun de ces trois enregistrements étant mis en vente pour la modique somme de 5 euros.

Infos et réservations : www.flagey.be