ENTRETIEN

Cette année, Jean-Louis Foulquier, pape fondateur des Francofolies de tout pays, a troqué son bonnet de marin contre un élégant panama blanc. Pour fêter la der des ders? La retraite du patron coïncide avec les vingt ans des Francos rochelaises, et un succès sans précédent: au soir du dernier soir, alors que Jean-Jacques Goldman menait une fête hommage avec Patricia Kaas, Kent, Maurane, Souchy et Voulzon, Zazie, Renaud et Véronique Samson, 70102 billets avaient été vendus pour cette édition record. «On termine sur une année exceptionnelle, sourit Foulquier. C'est mon départ, je sais que quelques fidèles sont là pour l'occasion.»

En vingt ans, il s'en est passé des choses, de coups de gueule en coups de coeur et retour: «J'assume tout, y compris les erreurs, parce qu' elles nous ont souvent enrichis et permis de nous améliorer. Quand tout marche bien, on est couvert de lauriers, on nous embrasse; quand ça ne va pas, on peut compter ses amis, déjà, et puis on évolue. C'est bien, les bides, de temps en temps. C'est dur à gérer, mais on apprend à travailler avec ça.»

La retraite, vous rigolez? Après vingt ans de Francos, à 61 ans, il part vers de nouvelles aventures. Tout de suite après les Francofolies de Spa, Jean-Louis Foulquier enchaîne trois tournages de films et téléfilms. Il y a aussi la chanson, une suite possible au disque «Foulquier» (1993), écrit par Allain Leprest et Romain Didier, et puis la peinture, découverte il y a 5 ans: «Je ne montre pas, c'est chez moi, le jardin secret. Quand je peins j'oublie tout, je me sens bien. C'est de l'art brut, donc je me laisse aller complètement. A 61 ans, quand on arrive dans ces eaux-là, on ne sait plus très bien pour combien de temps il y en a, mais on sait que c'est le compte à rebours, donc, autant se faire plaisir. Chaque fois que j'aurai l'occasion, je me le ferai.»

Et la radio, et France Inter? «Je ne pourrais pas m'en passer. C'est l'air que je respire. Pourtant, je suis tombé dedans par hasard. Tout le reste, le cinéma, la chanson, etc., correspond à mes rêves d'adolescent; la radio ne m'a jamais effleuré. J'y suis rentré justement parce que le reste ne me nourrissait pas, et on m'a mis au standard.»

De 1 heure à 7 heures du matin, avec un jeune étudiant en médecine qui faisait ça pour payer ses études, Gérard Klein, il répond aux auditeurs pour le compte d'Inter Service Routes. Barrières de dégel, congères, etc. «Le plus drôle, c'est que je guidais les gens sur les routes, alors que je n'ai jamais passé mon permis de conduire.» Repéré comme gai luron et pour sa voix, il fait son chemin. «A l'époque, pour faire de la radio, il fallait avoir une voix radiophonique, ce qui s'est perdu avec les radios dites libres. Ce qui est dommage. Une voix reconnaissable devient une compagnie, un point de repère. Si elle est standard, elle devient aéroport, au lieu d'aéropère...»

Renaud au coin de la rue

Avant «Il y a de la chanson dans l'air» et «Pollen» sur Inter, il y eut «Studio de nuit», de 1 heure à 5 heures du matin. Tout se passait en direct, Higelin, Lavilliers, Balavoine au piano parce qu'il n'avait pas encore de disque, Renaud rencontré à un coin de rue à Montmartre. «Et puis j'ai eu la caution des insomniaques de la chanson, Barbara, Ferré, Brassens qui disait: tout le monde se trompe, sauf vous. On croit au hit-parade et les vedettes de demain passent la nuit chez vous.»

Sans ces émissions, il n'y aurait pas eu les Francofolies. Les premières années du festival, quand les Renaud, Higelin et Souchon ont éclaté, ils se sont souvenus du mec qui était le seul à les accueillir et ils sont venus au rendez-vous. «Je peux avoir une idée à la con, ils suivent. Faire traverser le parking à Higelin dans un bateau en carton pâte par exemple. Ça s'est arrêté au milieu du fil, mais il a continué à chanter!»

Aujourd'hui, la relève est là. Cali, Bénabar, M, Sanseverino remplissent la grande scène sur Saint-Jean d'Acre après avoir commencé, il y a huit ou dix ans, dans la Salle Bleue de 250 places. Quasi vide au départ, cette salle ne désemplit plus de nos jours, prouvant que la curiosité a été suscitée. «On a ramé sur M, mais, à chaque fois, c'étaient des beaux spectacles, alors le bouche à oreille a fonctionné, et là, il fait tout éclater. Ce sont de belles satisfactions, parce qu'on a accompagné quelqu'un sur un bout de route au moment où c'était nécessaire, et puis, maintenant, on prend la récompense.»

Alors, mission accomplie? «J'ai une fascination pour le compagnonnage. A la fin de son Tour de France, le compagnon remet son «chef-d'oeuvre». Voilà, j'ai fait mon Tour de France.»

© La Libre Belgique 2004