Il a connu des hauts et des bas, des pics de surexposition (lire ci-contre) et des plages de disparition. Constaté qu’énorme succès et extrême solitude vont souvent de pair. Entre les coups, il a tâté du chamanisme et du désert. Longtemps cherché la paix intérieure. C’est un peu tout cela qui sous-tend "Peaux de serpent", le nouvel album du Français Axel Bauer, 52 ans. Un bel opus, dense, électrique, aux textes forts (écrits par la fine fleur des paroliers : Marcel Kanche, Gérard Manset, Pierre-Yves Lebert, Brigitte Fontaine…) qui traduit une forme d’apaisement peut-être. Une mue salvatrice en tout cas. Le début d’un "nouveau cycle". Résultat d’une série de "transformations", explique l’intéressé.

La rédaction de son autobiographie ("Maintenant tu es seul", éd. Michel Lafon, 2012) en fut une. "Le fait d’écrire sa vie, j’avais senti, déjà, que c’était l’abandon de quelque chose. En la racontant, on a l’impression de la sortir de soi. On marque un temps, il y a l’avant et l’après." La séparation avec Universal - sachant aussi que son précédent album "Bad Cowboy" ne s’était pas bien vendu - fut une autre étape marquante. "Cela faisait quand même trente ans que j’étais dans les majors. Mais après coup je me suis découvert une liberté galvanisante, je réécoutais mon travail en cours en ayant de nouvelles idées", prolonge Axel Bauer, qui a fini par créer son propre label. Enfin, "j’avais le sentiment d’abandonner pas mal de choses superflues dans ma vie, ajoute-t-il, d’être un peu plus dans l’essentiel . D’où l’idée de ces peaux de serpent qu’on dépose, issues du texte de Marcel Kanche ‘Je fais de mon corps’."

Un opus de transition, de bilan. Qui s’autorise quelque clin d’œil au passé (l’époque du tube "Cargo" évoquée dans "Rien ne s’oublie", le duo "Tous les hommes à la mer" avec Jean-Louis Aubert qui croisa souvent le parcours de Bauer...). Mais au total, l’heure n’est pas à la franche rigolade. Il chante "Rien ne m’arrive, aucune extase", "Ne suis-je pour toi qu’un orfèvre de l’inutile ?" , ou encore "Je n’ai connu personne", "J’ai fait le vide autour de moi". Déprimant ? Pas nécessairement. "J’ai toujours aimé les choses pas forcément sombres, mais intenses. Et il y a une intensité dans les textes de Marcel notamment. Après, je peux en avoir une lecture différente. Pour moi, l’introspection, analyser qui on est, ce n’est pas sombre. La personne qui a écrit la quatrième de couverture de mon bouquin l’avait lu et dit ceci : plus que la carrière, lui c’est une recherche de soi. Ce qui expliquait d’ailleurs les moments d’absence et les descentes..."

Dans "Souviens-toi", on verra, de prime abord, une chanson d’amour, celle d’un homme qui tente de reconquérir une femme ("Souviens-toi, mes bras t’ont serrée"). Axel Bauer suggère une seconde lecture : "le fait d’arriver à être en paix avec soi-même. C’est le thème cher aux bluesmen qui disaient ‘I’m going home’. Trouver sa maison, c’est se trouver soi-même, trouver sa place." "L’Enfer", seule chanson écrite de sa plume sur ce disque, trace le portrait d’un personnage égoïste, paumé, desséché. "Cette chanson est une projection de ce personnage de faux-self comme disent les psys, dans lequel on est obligé de rentrer en phase de succès intense, quand on est très jeune; comme on dit : seul au sommet. Je vivais, à ce moment-là, cette solitude, du fait que chacun projette sur vous une image que vous n’êtes pas."

L’eau a coulé sous les ponts, depuis le fameux "Cargo". Pour ses "Peaux de serpent", Axel Bauer a pris son temps, pris les commandes (il a réalisé l’album), et s’est laissé guider par de belles rencontres. Avec Marcel Kanche notamment, fine plume de la chanson, qui a écrit pour -M- et Vanessa Paradis. "Des textes de Marcel comme ‘Aveugle’ ou ‘Souviens-toi’, j’avais presque l’impression que c’était moi qui les avais écrits", s’enthousiasme le chanteur. "On a tous les deux le même amour de la nature et du mysticisme", dit-il encore. Il y a aussi Aymeric Westrich, talentueux batteur vu aux côtés de Phoenix (en tournée) et dans le trio Aufgang. "On a beaucoup discuté musique. J’avais envie de revenir à des choses un peu rigides, les années 80. Une certaine rigueur rythmique, combinée avec des mots poétiques." C’est notamment le cas sur "Lève-toi", un morceau qui donne des fourmis dans les jambes.

Se lever, c’est ce que fit, politiquement, Axel Bauer en mai 2012. On le vit se produire à la Bastille lors de l’élection présidentielle et déjà, trois jours plus tôt, à Toulouse où se tenait le meeting du PS. Seul avec sa guitare, l’après-midi, sur la place du Capitole noire de monde. "Ce fut instinctif, un sentiment d’urgence, abandonner le cynisme et se dire : il faut y aller, faire quelque chose. Je ne me voyais pas rester en France avec un autre quinquennat sous Nicolas Sarkozy. Ça m’a surpris moi-même de le faire. Mais je ne le regrette pas."

Axel Bauer, "Peaux de serpent", un CD Acceleration/Pias. En concert aux Francos de Spa le 21/7 à 16h (Village Francofou).