Francofolies de Spa: les Vitrines, reflet des talents de demain

Il souffle comme un air de lendemain de veille dans les rues de Spa. Après l'ébouriffante prestation de Stromae, les festivaliers en avaient pourtant encore sous la pédale.

Lauranne Garitte

Jeudi midi, sur le site des Francofolies. Il souffle comme un air de lendemain de veille dans les rues de Spa. Les festivaliers récupèrent doucement sous un soleil de plomb après avoir fait “la fête”, la veille, avec Stromae. Face au petit génie bruxellois de la chanson, les artistes du jour ont tous un grand défi à relever: tenter d’égaler le maestro.

Place de l’Hôtel de ville. Là où, mercredi soir, le grand Belgo-Rwandais faisait danser la foule, aujourd’hui, il n’y a pas un chat. Et pour cause, ce jeudi, tout (ou presque) se passe au Village Francofou. Aucun concert à l’affiche de la scène Pierre Rapsat. Il faudra attendre ce vendredi pour sentir les pavés de la place vibrer.


Promenade au Village

Après The Feather, c’est le groupe indie rock Vegas qui a l’honneur de fouler l’une des trois scènes du Village. Le public est clairsemé, mais cela ne décourage pas les quatre jeunes musiciens qui font des pieds et des mains pour le conquérir. Quelques rayons de soleil plus tard, les festivaliers commencent toutefois à prendre leurs quartiers dans le Village. En particulier devant une scène où une jolie brune débarque, un discret sourire aux lèvres et une guitare en bandoulière. La Française Joyce Jonathan convainc en dispensant de petits exercices de chant durant son concert jusqu’à s’exclamer: “Vous chantez bien! Il faut que j’en profite!” Après elle, les Casseurs Flowters (avec Orelsan et son franc-parler légendaire) cassent littéralement la baraque grâce à une réelle symbiose entre les deux rappeurs.


Les artistes de demain

Faute d’une programmation très dense sur les autres scènes, certains festivaliers ont l’occasion de découvrir une jolie nouveauté de cette 21ème édition: “Les Vitrines des Francos”. Le programme donne le ton: “Les artistes de demain, c’est aujourd’hui qu’il faut les découvrir”.Dans sept lieux (dont des terrasses de bars), des concerts s’enchaînent durant toute la journée et sont 100% gratuits. S’y présentent de jeunes talents et des artistes dont le travail artistique vaut le détour. Marc Radelet, responsable de la programmation, étaye: “Avec les Vitrines, on désire s’inscrire dans une démarche de découverte musicale, tant vis-à-vis du public qu’à l’égard des professionnels” Et d’ajouter: “En Belgique, aucun autre festival ne met à ce point en avant les jeunes artistes émergents.” Cette idée n’est pas si neuve puisqu’il y a deux ans, le concept existait déjà sous le nom des “Bars en folie”.Certains auront l’impression de faire une tournée des bars, d’autres se croiraient en pleine session de lèche-vitrines. Sauf qu’aux Vitrines des Francos, rien n’est vraiment soldé. La plupart des artistes sont de qualité et ne manquent que d’une chose: la notoriété.


Sous le regard de Cali-le-président

Sur la terrasse d’une brasserie, la jeune Belge Typh Barrow envoûte littéralement les quelques personnes assises. De sa voix puissante et sensuelle, elle dévoile avec douceur ses goûts musicaux (Stevie Wonder, Eric Clapton…). En même temps, le groupe “Va à la plage” a le plaisir d’accueillir dans son public Cali, qui préside cette année le jury du concours “Franc’Off”. Dans le bar d’en face, les Québécois de VioleTT Pi, vêtus de costumes déjantés, font découvrir aux clients leur univers tout à fait particulier. Et, plus loin, au Théâtre des découvertes, dans une ambiance intimiste, un public de professionnels découvre, deux heures durant, trois artistes (dont Panorama 08, lire ci-contre) à l’occasion du nouvel événement “5 à 7 pro”, des showcases destinés aux professionnels. La soirée pouvait alors lever le voile sur les premières grosses pointures, comme Renan Luce et MLCD.


Rencontre avec Panorama 08

“Dans la vie, il faut faire les bonnes rencontres. J’ai rencontré Odile et Phil et on s’est lancés dans cette aventure musicale”, dit Lionelle Francart, la chanteuse de Panorama 08. Après cinq ans de scène sous le nom de TAJ, le groupe décide en 2013 de se professionnaliser. D’heureux hasards et de belles rencontres plus tard, le trio (Lionelle Francart, Odile Maskens et Phil Gérard) se construit une nouvelle identité sous le nom de Panorama 08. “Notre univers est principalement francophone, mais on chante aussi en anglais. Il fallait un nom qui soit reconnu dans toutes les langues. ‘Panorama’ était le mot juste. Il fait référence au côté cinématographique de notre musique et sa définition colle parfaitement à notre univers musical, aux influences et tendances larges”, poursuit la chanteuse. Et pour preuve: leur style est “pop, rock, avec des pointes de jazz et de folk”, rigole Lionelle. Mélodique avant tout, dense et aérienne, leur musique a pour principal moteur le chant. Viennent s’y greffer ensuite des cordes (alto, guitare) et une caisse (le cajón, instrument d’origine péruvienne). “Notre univers est onirique. On essaye de faire voyager les gens”, conclut la chanteuse. Hier soir, Panorama 08 est monté sur scène pour la première des cinq représentations aux Vitrines des Francos. Et le groupe comptait bien partir en voyage avec son public.


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