Francofolies de Spa: ces artistes qui n'ont pas leur langue française dans leur poche

Aux Francos, les artistes jouent les cupidons pour que le public (re)tombe amoureux de la langue française.

Francofolies de Spa: ces artistes qui n'ont pas leur langue française dans leur poche
©Alexis Haulot
Lauranne Garitte

Un certain Yves Duteil disait d'elle que c'est « une langue belle avec des mots superbes (...) où la saveur des choses est déjà dans les mots. (...) ».Faute de la présence du chanteur aux Francofolies, ces derniers jours, quelques artistes ont fait honneur à la langue de Molière.

Le français, un beau terrain de jeux

Ce vendredi, le maître des mots du jour n'était pas difficile à désigner. Orfèvre des rimes, des sons et de tout ce qui peut se faire avec la langue française, Grand Corps Malade arrive, béquille en main, devant une foule prête à écouter chaque mot que le slameur déclamera. Quelques heures plus tôt, il confiait: « la langue française est un beau terrain de jeux ». En ajoutant: « Le français est une langue riche et compliquée. Mais c'est avant tout un jeu. Dès l'école, il faudrait que les enfants apprennent à jouer avec les mots. C'est beaucoup plus amusant que d'étudier des poèmes par cœur », rigole-t-il. Sur scène, l'auteur-interprète débarque comme s'il venait slamer entre amis dans un bar, en toute intimité. En jeans, il se met à raconter des histoires (d'amour, parfois: « L'amour a ses saisons que la raison ignore »), en jonglant avec les mots avec une habileté inouïe. Chapeau l'artiste, Grand Corps Malade est fort dans ce qu'il fait. Point à la ligne.

Maître Renan sur la scène perché

La veille, en début de soirée, dans le Village Francofou, une voix familière attirait la foule. Le timbre de Gaëtan Roussel a déjà acquis ses lettres de noblesse avec le groupe Louise Attaque dont il était le chanteur. Désormais en solo, le Français joue avec les sonorités et les mots pour le plus grand plaisir d'un public qui récite ses paroles en chœur. En particulier lorsque le chanteur entonne « Help myself ».

Ce même soir, un autre artiste était plus qu'attendu: Renan Luce. Cela tombe bien, le chanteur à la bouille attachante venait faire la fête à la langue française. Face à lui, toutes générations confondues, le public chante et danse en toute simplicité. Sur « Repenti » puis sur « Les voisines », une sympathique effervescence se fait ressentir dans la fosse. Et l'artiste répond à coups de rimes et de poésie. Lorsqu'il chante, vers la fin, « La lettre », tout le public suit. On a presque l'impression de faire partie d'une classe qui récite un poème devant le maître Renan sur la scène, perché. Car, nul doute, le chanteur a la plume fine. Il serait d'ailleurs juste de le qualifier d'oiseau-poète tant ses paroles volent, et que le public reste.

Un jour et quelques artistes plus tard, Saint-André joue devant une foule moins dense. Vêtu d'un costume gris et d'une cravate rouge, le chanteur corse lance: « Quitte à mourir de chaud, autant mourir bien habillé ! » juste avant de chauffer le public avec son célèbre « Un autre que moi ». Cependant, sa voix n'atteint pas des sommets et ne séduit pas tout à fait l'auditoire.

Des mots en folie

Après celui qui aime bousculer les mots et ceux qui utilisent habilement le français pour chanter la poésie, il y a les fous furieux de la langue. Autrement dit ces chanteurs qui ont la folie des mots, de la langue, mais surtout... de la scène. Ce jeudi soir, successivement, deux déjantés des planches ont repris le contrôle de la scène Pierre Rapsat : Julien Doré et M. Le gagnant de La Nouvelle Star 2007 avance tout de noir vêtu à pas lents sur la scène pour faire monter le désir dans le public. Et ça marche. Tout le monde attendait patiemment le chanteur à l'allure de rock-star qui jongle parfois entre le français et l'anglais et fait voyager ses fans avec son « Paris-Seychelles ». Julien Doré en apéritif et M en plat principal ont ravi les boulimiques de musique sur la Place de l'Hôtel de Ville. Pour la fin de soirée, place à Matthieu Chedid. Un concert qui, au vu de l'affluence, s'annonçait dors et déjà magique, ...avec un grand « M ». En quelques jours de festival, on peut l'affirmer : la langue française est belle quand on joue avec elle, et le cercle des poètes-chanteurs n'a pas disparu.


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