Des Innocents, des Bébé (Brunes) et beaucoup d’électricité dans l’air, à Spa. Le festival s’est refermé, hier soir. Avec 170 000 festivaliers au compteur. Quant aux Vitrines, elles ont permis de mettre en lumière de jeunes talents.

Un peu moins de folie aux Francos

Six jours, déjà, que Stromae mettait le feu à la place de l’Hôtel de Ville. Et la température n’a pas baissé. Sauf peut-être lundi, après que, comme de tradition, une drache nationale s’est abattue sur la ville d’eau.

Il n’y eut, pourtant, que peu de concerts où l’ambiance a véritablement décollé. Peut-être parce qu’il y en avait trop et que, du coup, les festivaliers étaient un peu perdus devant une telle abondance. Du reste, le partage des scènes, cette année plus que d’ordinaire, était pour le moins étrange.

Un coup sur la Grand-Place, un autre au parc de 7 heures : il fallait s’y retrouver et prendre garde de ne pas perdre son précieux programme. D’autant que certains artistes que l’on imaginait jouer sur la grande scène se retrouvaient sur une autre, beaucoup moins grande, dans le village Francofou. Ce fut le cas, par exemple, de l’excellent Gaëtan Roussel, auquel on aurait pu donner un peu plus d’ampleur…

Sets épatants et sourires éloquents

Mais ne boudons pas notre plaisir : autant Julien Doré (un peu trop tôt, hélas !) que -M- ont livré des sets épatants, nous réconciliant avec la bonne chanson française. Idem, dans un tout autre genre, pour Renan Luce ou Saint-André, dont le Bop Be Hop a enthousiasmé le public, nombreux, venu l’applaudir. Evidemment, il y a aussi les incontournables : Bruel qui retourne la place de l’Hôtel de Ville en deux chansons à peine - il est d’ailleurs amusant de voir que ses fans ont vieilli avec lui et que ce sont aujourd’hui des femmes de 40 ans qui hurlent "Paattttrrrrrrrrrrriiiiiiiiiick" à chacun de ses sourires. Qu’il a nombreux : manifestement sous le charme de Spa, il y revient à chaque fois avec des paillettes dans les yeux.

Trop long, trop chaud ou trop cher ?

Et puis ? Dimanche, tout le monde a fait une longue sieste, ne tendant qu’une oreille distraite à BJ Scott (et c’est fort injuste), Emmanuel Moire, lui, a purement et simplement annulé sa venue pour cause de maladie. Le temps passant, lentement, on entendait de-ci de-là des collègues estimer que six jours de Francofolies, c’était vraiment un de trop.

Même pour les commerçants, d’ailleurs, eux aussi au bout du rouleau et passablement énervés, mais on mettra ça sur le compte de l’orage qu’il y avait dans l’air.

Jamais on n’avait eu cette impression, dans une ville pourtant réputée pour son accueil, de déranger. Service expédié dans les restaurants, garçons franchement pas polis, tarifs en hausse partout ( "Attendez, je vais vous donner la carte des Francos" , sous-entendu, où tout augmente de deux euros) : il y aurait beaucoup à redire là aussi.

On se consolera avec les belles rencontres : celle de JP Nataf avec son public, celle de Cali, en famille et en maillot de bain aux Thermes, celle des BB Brunes parfaitement hallucinés par la chaleur de l’accueil.

Et on regardera, déjà, vers demain. En espérant qu’en 2015, on reviendra à un peu plus de mesure, tant sur les scènes que du côté du mercure.


170.000 personnes ont fait la fête à Spa

"Une édition un peu incroyable" : ce sont les mots de Charles Gardier pour décrire ces 21e Francofolies, qui se sont refermées hier soir avec les concerts de Bernard Lavilliers et Bastian Baker. Un peu incroyable, parce que ce sont 170 000 personnes qui, en l’espace de six jours, auront foulé les abords des scènes. Soit 10 000 de moins que l’an dernier, la date "manquante" dans le planning, sur la place de l’Hôtel de Ville, expliquant cela. Pour le reste, on s’est encore félicité qu’à Spa, les personnes à budgets réduits puissent aussi trouver leur bonheur, puisqu’une petite centaine de concerts étaient gratuits, tant dans le Village Acadien que dans les Bars en folie.

Mobilité Cette année encore - et le festival y met un point d’honneur - les personnes à mobilité réduite ont été accueillies dans les meilleures conditions possible. Au total, elles auront été un bon millier à profiter des infrastructures spécialement mises en place pour l’occasion.

Franc’Off Et puis, à l’heure de tirer le bilan d’une édition "un peu incroyable", - nous, on dirait plutôt en demi-teinte… - c’était aussi le moment de remettre les prix des Franc’Off (20es du nom), dont le jury était présidé par Cali. Troisièmes sur le podium, ce sont Garcia Goodbye, sur la deuxième marche sont montés les nombreux lascars d’Old Jazzy Beat Mastazz tandis que les Bruxellois de Fantøme, remportaient cette édition. "A l’unanimité" , a tenu à préciser Cali qui s’est, en outre, dit partant pour remettre ça l’an prochain !


Bref, en trois mots

Familial festival

Intergénérationnel . Il y a d’abord ces petits bouts d’chou qui, casques colorés aux oreilles, sont bringuebalés de concert en concert. Il y a ensuite, ces "teenagers" qui profitent de l’ambiance bon enfant des Francos pour s’improviser festivaliers durant quelques jours. Après, il y a les jeunes adultes qui, sans nul doute, représentent la grande majorité du public. Enfin, il y a ceux dont l’âge avoisine les 40-50 ans et qui viennent vivre un moment de nostalgie musicale. La réputation des Francofolies de Spa n’est plus à faire: le festival est résolument familial et intergénérationnel. Il aura ainsi été agréable de voir chanter et danser toutes les générations sur "Les voisines" de Renan Luce, d’entendre l’une ou l’autre maman débiter les refrains de BB Brunes ou de voir une petiote de moins de 5 ans monter sur scène aux côtés de -M-.


De jolies Vitrines

Découvertes . C’était la "nouveauté" de cette année. Les Vitrines des Francos sont venues teinter de découvertes la programmation. Ces concerts gratuits avaient pour but de mettre en avant de jeunes talents aux quatre coins du centre-ville de Spa. Dans ces Vitrines, il aura été beau de voir comme les artistes ont donné le meilleur d’eux-mêmes, malgré leur mince notoriété. Typh Barrow, Panorama 08 et Fastlane Candies ont, d’après nous, l’envergure suffisante pour fouler, bientôt, les grandes scènes. Coup de cœur spécial pour les concerts du théâtre des découvertes qui, à quelques pas de l’agitation des grandes scènes, offrait un beau moment musical en toute intimité et dans un cadre exceptionnel.


Déceptions et pépites

Demi-teinte. L’avis est unanime à ce propos : la maigre programmation de la place de l’Hôtel de Ville a laissé dans la bouche de certains festivaliers comme un goût de trop peu. Certes, cela a permis de davantage miser sur les découvertes. Mais cela n’a pas toujours plu au public qui a néanmoins eu l’occasion de davantage savourer certaines prestations. Parmi les pépites de cette 21e édition, on notera Stromae et son succès prévisible, Grand Corps Malade et son étonnante manipulation du verbe, Renan Luce et sa capacité à charmer un public intergénérationnel, Bruel et son éternelle faculté d’être adulé et d’émouvoir et - M - et sa charmante folie légendaire.