Après Sardou jeudi, c'est Renaud, un autre vétéran de la scène musicale hexagonale, qui faisait un crochet par les Francos vendredi. Et, si le sieur Séchan est plus jeune que son collègue Michel de cinq ans, il apparaît pourtant bien moins conservé. Après une vie en montagne russe, faite de guitares, d'idéaux, de combats, d'amour, de plaies de cœur et d'excès de liqueurs, il opérait un énième – et probablement le dernier – retour dans les bacs à disques en avril 2016, avec son 16e album éponyme, "Renaud". Un disque honnête, probablement sincère mais pas intéressant (dont les mélodies furent en partie dessinées par son gendre Renan Luce), comprenant des morceaux comme "J'ai embrassé un flic" ou "Toujours debout", titre qu'on aurait préféré ironique ou au moins interrogatif.

Renaud, on l'a beaucoup aimé... Quand, enfant puis ado, dans la voiture du paternel en direction de l'école, nous écoutions ensemble ses chansons et tentions de saisir le sens de ses mots. Quand il suscitait la discussion, brandissait le poing, bousculait et provoquait l'émotion. Mais ce Renaud là a sans doute déjà bifurqué. Restent quelques aveux de phobie sécuritaire, voire un début de glissement réactionnaire, une sorte de nanar de droite et un vieil homme très abîmé. Certes toujours debout, mais dont le regard vide trahit une nécessité imminente de raccrocher.

© HAULOT ALEXIS

Triste corrida

22h, vendredi, Spa. Derrière le micro et face à une foule bien plus disparate que la veille sur cette même Place de l'Hôtel de Ville, un fantôme est venu se planter. Prostré dans son marcel noir, bandana noué au poignet, l’œil brillant et tout le corps tremblant. C'est dur, mais la scène a tout d'une fancy-fair à l'hospice. Comme une corrida, sans les piques dans le dos de Renaud. Les morceaux se succèdent et le public joue les caisses de résonance de service, aimant et empathique. Une "Ballade Nord-Irlandaise" à l'instrumentation celtique, juste après l'éternel et désarmant "Morgane de toi", délivré sans allant.

Le chanteur marmonne entre les morceaux sans discontinuer. On reconnaît parfois l'un ou l'autre mot, non sans difficulté. Il se lance dans une tirade : "Lennon disait de son vivant que le rock français, c'est comme le vin anglais : ça n'existe pas ! Et quoi John, Téléphone c'est pas du rock ?" Mouais… "Indochine, c'est pas du rock ?" Euh... "Hubert-Felix Thiéfaine, c'est pas du rock ?" Là, ok. "Et Renaud, c'est pas du rock ?" Ça l'a été, c'est vrai, mais il faut savoir s'arrêter.