Après la chaleur, c’est la pluie qui s’est invitée aux Francos de Spa. Une troisième journée sous la grisaille mais qui aura permis d’assister à quelques bons concerts et d’enfin découvrir Gad Elmaleh en extérieur.

Ce troisième jour des Francos 2015 commence de façon tristounette. Le ciel est plombé, tourmenté. Les orages et la pluie s’invitent au-dessus de Spa. La ville d’eau porte bien son nom ce dimanche. Les parapluies sont priés de rester à la consigne, en dehors du site. Ça râle un peu à l’entrée mais on finit par se plier aux consignes. Quant aux plus prévoyants, ils sont équipés d’imperméables en plastiques bien pratiques.

Imperturbable Salomé Leclercq

A 16 heures, la météo semble décidée à nous laisser un brin de répit. C’est le moment où Salomé Leclercq monte sur la scène Proximus. Les cieux ont cessé de pleurer, à croire qu’ils ont capitulé face à la détermination de la jeune québécoise. "Même si le temps est pourri, on va quand même jouer" dit-elle "parce qu’on vient de loin. On a quitté Montréal hier". Elle entame son set, en français of course.

La configuration trio - guitare/voix, clavier/basse, batterie - sonne plutôt bien. Une coupure de courant s’invite dès le deuxième titre, mais elle ne déstabilisera pas la Canadienne dont c’était la deuxième prestation à Spa. Elle était manifestement heureuse d’être là. On le serait à moins lorsqu’on se voit remettre au passage le prix Rapsat-Lelièvre pour récompenser la qualité de son deuxième album "27 fois l’aurore". Ce prix vise à stimuler la production et la diffusion de disques francophones et à favoriser les échanges entre le Québec et l’ensemble Wallonie-Bruxelles. Le public est, lui aussi, content. Seul bémol, les morceaux les plus calmes auraient mérité plus d’intimité. Sous la halle qui borde la scène du Proximus, le brouhaha permanent a trop souvent rompu le charme.

Nicolas Testa sait y faire

Le temps de se dégourdir les pattes et de faire le tour du propriétaire pour constater qu’il faudra bien du courage et de la volonté aux aficionados de la scène électro pour s’y rendre - elle est au bout du parc qui accueille le festival - et voilà notre oreille chatouillée par des sons qui nous ramènent 30 ans en arrière. Ça vient de la scène du Parc où se produit Popsima. La référence aux années 80 est plus qu’évidente. Le duo formé par Arnaud Arseni au chant et Ludovic Cutaia à la batterie électronique et aux séquenceurs joue sur la fibre nostalgique. On peine cependant beaucoup à être séduit par ce revival qui ne nous rappelle pas forcément ce que les eighties nous ont laissé de mieux… Et quand, en plus, le tout est asséné par une sono criarde, nous avons passé notre chemin comme tant d’autres.

A quelques dizaines de mètres de là, la sensation est toute autre. Il y a foule devant la scène Sabam pour voir Nicolas Testa. On se bouscule et on s’arrête si on ne connaît pas. Ça chante, ça se dandine et ça frappe dans les mains. Le jeune belge présente "No More Rainbows", son album sorti il y a peu. Son électro pop tantôt planante, tantôt nettement plus rythmée sans jamais être agressive semble mettre tout le monde d’accord, en tout cas le public massé devant la scène. Le son est réglé tip top. Il caresse les tympans et ça fait du bien, surtout en festival. Le soleil en profite pour percer les nuages. Seul regret, les interventions parlées du maître de cérémonie. On s’en serait volontiers passé.

Cats on Trees fidèle au poste et à soi-même

Un piano, une batterie et une voix. Il n’en faut pas plus à Cats on Trees pour attirer la grande foule devant la scène principale du village Francofou. Le duo français, qui ne cesse de tourner avec son album ("Cats on Trees") sorti en 2013, a pourtant convié un trio de cordes pour l’accompagner et habiller son folk pop. Deux violons et un violoncelle, ça en jette toujours. En revanche, ceux qui espéraient voir Calogero monter sur scène avec eux (les Toulousains ont réenregistré leur titre Jimmy en sa compagnie) auront attendu en vain bien que le chanteur soit à l’affiche de la scène principale du festival ce lundi. Il n’a pas pointé le bout du nez.

Goldman, es-tu là ?

A 24 ans, Vianney connaît une ascension fulgurante, porté par son titre "Pas là". Le jeune Français de 24 ans se produisait pour la première fois à Spa. Certes sur la petite scène du Parc mais devant un parterre plein. Seul avec sa guitare, il s’est démené comme un beau diable malgré une sonorisation un peu faiblarde. Il fallait par moments tendre l’oreille dans le fond pour tout saisir. Dépouillée de ses arrangements, sa musique et son chant rappellent par instants (mais par instants seulement) ceux d’un certain Jean-Jacques Goldman. Ironie de la programmation, il se produisait en même temps que Michaël Jones. Ce dernier distillait, à quelques dizaines de mètres de là, ses titres mais aussi - et surtout - ses reprises de JJG. Le long medley consacré au golden boy de la chanson française a fait mouche. Du Goldman par procuration qui a fédéré tout le monde, toutes générations confondues, devant la scène et devant l’écran géant. Risque zéro c’est vrai, mais succès assuré pour le fidèle compagnon de route de Jean-Jacques.

Mission accomplie pour Gad Elmaleh

C’était le clou du spectacle et surtout la grande inconnue de cette 22e édition des Francofolies de Spa : Gad Elmaleh sur la scène Pierre Rapsat. La pluie a cessé depuis longtemps et la température est idéale sur le coup de 22 heures. On va enfin savoir si l’humoriste a sa place dans un festival musical. Rencontré à Paris voici quelques semaines, il nous avait confié avoir pris beaucoup de risques en acceptant de produire son spectacle consacré à ses 20 ans aux Francos.

Ponctuel comme un roi se doit de l’être, il fait son entrée sur la place de l’Hôtel de Ville. Le lieu est bondé et ressemble à une salle de théâtre à l’italienne avec les fenêtres des habitations en guise de balcons, elles aussi pleines à craquer. Gad Elmaleh utilisera d’ailleurs sans cesse la configuration du site pour nourrir son spectacle d’improvisations comme il sait si bien le faire. Une certaine Monique n’est pas prête d’oublier sa soirée !

On le sait, l’impro, c’est le dada de Gad. Il excelle dans le genre. Confirmation dès l’entame du spectacle : ça part dans tous les sens : la religion, le sexe, la mort… tout y passe. Il n’y a pas un temps mort et pour occuper l’espace - la scène Pierre Rapsat est grande, très grand pour un homme seul - il l’arpentera incessamment de long en large, parcourant un paquet de kilomètres.

Le jeu avec le public est permanent. En revanche, pour ce qui est de la musique, il faudra attendre. En dehors d’un excellent passage où il interprète "Happy Days" en jouant avec ses musiciens comme DJ déclenchant ses samples, il faudra attendre la fin du show pour que ça groove réellement. La dernière demi-heure est exclusivement musicale avec une version déjantée de son "Petit oiseau", mais aussi des impros sur des tubes Michael Jackson, James Brown ou encore Joe Cocker. Le public est ravi, même si en quittant les lieux certains regrettaient que le spectacle proposé soit finalement très proche de ce qu’on a pu voir à la télévision. Quant à nous, nous avons passé une soirée plutôt agréable.

Ce lundi, c’est la dernière ligne droite pour cette 22e édition des Francos de Spa. Baden Baden, Camélia Jordana et les Brigittes sont à l’affiche, sans oublier Calogero qui se produira sur la place de l’Hôtel de Ville qui affiche complet depuis belle lurette.