Spa, ville d'eaux. Ce vendredi, premier jour des Francos, c'est plutôt “Spa, ville d'o”. Uncle Waldo, Talisco, Gonzo, Arno, Kyo, Sharko.. : à croire qu'ils se sont donné le mot pour jouer le même jour.

De l'eau, il n'en pointe pas une goutte à l'horizon : le soleil cogne dur. Heureusement, l'eau est à la disposition des festivaliers déjà nombreux en milieu d'après-midi. A la pompe ou via une équipe qui sillonne le village pour remplir bouteilles et gobelets. Les organisateurs, eux, ont le sourire : les ventes de tickets fonctionnent bien, malgré une série de petits bouleversements de forme et de fond dans cette 22e édition (cf. LLB 17/7). Ce vendredi, point de concert sur la place de l'Hôtel de Ville : le public se concentre essentiellement dans le Village francofou.

Talisco au galop

A 15h, Jérôme Amandi, alias Talisco, et ses compères multi-instrumentistes font fi de la chaleur, martelant leurs fûts et grattant leurs guitares comme de beaux diables, bien décidés à remuer un public, il faut le dire, un peu ramollo. Plutôt pop sur album (“Run”, cf. LLB 9/5), le trio français s'affiche rock sur scène. Et particulièrement convaincant dans des morceaux tels “Your Wish”, “The Keys” et “Everyone”, empreints d'un puissant souffle épique, presque morriconien, quand Talisco se met à siffler dans la plaine, les guitares et batteries partent au grand galop, et le trio chante en choeur.

Benjamin Schoos peut compter sur Lio

Ce n'est pas la grande foule face à la scène Proximus (bon, là encore, le soleil n'aide pas) quand débarquent Benjamin Schoos et ses cinq musiciens et choristes, manifestement en forme, et tous sur leur 31. Costards et robes à pois rétros. Pour sa “Fête à”, le Sérésien, artiste et boss de l'écurie Freaksville n'a pas fait les choses à moitié. Quantitativement du moins : une quinzaine d'artistes, la plupart chanteurs, vont défiler, sans compter l'un ou l'autre figurant, astronaute ou alien (c'est ça, la Freaksville touch). Qualitativement, c'est une autre histoire : certains ne font que passer et sont franchement aussi vite oubliés (Mademoiselle Nineteen, notamment). Il manque, parmi les convives, de solides voix, à tout le moins de fortes personnalités pour remuer le public. Karin Clercq et l'Enfant Pavé (Starflam) y arrivent un peu. Mais c'est Lio (une artiste en “o”, ben tiens!) qui va apporter une bonne petite dose de piquant et d'énergie au spectacle. Cheveux gris désormais et robe presque sage (sauf à voir l'imprimé de plus près : des pin-up à plumes d'indiens!), elle déboule d'abord en tandem avec Jacques Duvall, le temps d'un savoureux “Bloody Mary”. Ensuite en solo, avec “Amoureux Solitaires”, un titre millésimé 1980 qui met Benjamin Schoos dans tous ses états. Les Vedettes (groupe féminin allumé) mettront aussi un peu de sel dans cette “Fête” (finalement plus visuelle que musicale), troquant leurs costumes de vierges Marie pour finir en maillots noirs et botillons argentés.

Gonzo, sacrés zozos

Du coffre, le groupe rock Gonzo (cf. LLB 17/7), lui, en a. Surtout Baptiste Lalieu, alias Saule. Le concert de ces cinq zozos fans de Weezer, The Presidents of The United States et les Beastie Boys, tient ses promesses : puissant, direct, déjanté. Avec ce qu'il faut de sueur, de crasse (dans les riffs et le chant), de jeux de mots à deux balles et de sens de la fête - jeter de Fruitella compris. Galant, le groupe invite les filles du public à investir la scène le temps d'une chanson (“Girls”), à la fin de laquelle tout le monde s'embrasse. Quoi, les mecs sont jaloux? Gonzo les convie à leur tour (et là ce sera “Gay”). Dans le public, ça rit, ça danse et ça farandole. Le concert manque de finir en eau de boudin (panne technique, plus de son, nada). Mais l'électricité revenue, Gonzo peut finir en beauté, à coup de grosses grattes.

Daan y va franco

Et puis, et puis il y a Daan. En grande forme, le songwriter belge (flamand d'origine, bruxellois d'adoption) livre un très grand concert. Il se produit dans cette fabuleuse formule trio qu'il adopta en 2010 pour son album et sa tournée “Simple”, à savoir entouré du violoncelliste Jean-François Assy et de sa fidèle batteuse et multi-instrumentiste Isolde Lasoen. Le son est bien équilibré et sa setlist ne manque pas d'audace. Il n'a pas peur d'y glisser quelques instrumentaux (son ancien tube techno “Housewife” magnifiquement revisité en acoustique). Surtout, Daan, jouant à fond la carte francofolle, interprète majoritairement des titres en français. Les siens, ceux que d'autres lui ont écrit (Jacques Duvall par exemple, tiens, qui revoilà!) mais aussi deux reprises : “J'en déduis que je t'aime” de Charles Aznavour et surtout “Marie-Jeanne” de Joe Dassin. Un titre sombre, tout en tension croissante, qui lui sied drôlement bien.





Tous les tweets sur les Francos :