Enfin ! Jamais sans doute dans l’histoire du rock au Royaume, attente aura été aussi longue. Après "Electronic Jacuzzi" (2000) et "Blow" (février 2004), le troisième album du groupe belge Ghinzu était annoncé il y a deux ans. Puis ce fut la saga interminable des reports, au point que le doute s’installa quant à la volonté ou à la capacité du groupe à sortir quoi que ce soit. Un dernier délai, pour la route, déplaçait encore la sortie du 16 au 30 mars, et voici "Mirror Mirror". Juste à temps pour que l’impatience ne se mue pas en désintérêt.

Outre-Manche, à intervalles réguliers, de nouveaux groupes sont adoubés sauveurs de la brit-pop par la presse musicale. Tel est un peu le cas de Ghinzu pour une Belgique francophone qui attend toujours son dEUS. Ghinzu est, en tout cas, un des rares à afficher une originalité capable de lui ouvrir quelques marchés internationaux. C’est dire les enjeux liés à la sortie de "Mirror Mirror".

Neveu de Nissim Israël, alias Olivier Strelli, David Israël, alias John Stargasm (on aime les noms d’artiste dans la famille) préside aux destinées de Ghinzu. Pour lui, les retards incessants du troisième album sont dûs au processus créatif même : "Ghinzu n’est pas un groupe qui va s’asseoir autour d’une table et préméditer sa couleur. Nous travaillons de manière instinctive, chaque morceau de l’album a été fait de façon différente : une jam, un refrain pour commencer, etc."

Entre-temps, des concerts étaient programmés, qu’il fallait préparer, des musiques de films commandées, comme "Irina Palm". Le soin particulier mis à l’écriture (voir ci-dessous) explique encore la difficulté d’accoucher "Mirror Mirror", "en sachant que j’ai aussi énormément de plaisir à passer du temps avec mes chicas", Alix, deux ans et demi, et Jane, cinq ans et demi.

S’il n’y a donc heureusement pas que le rock’n’roll dans la vie, John se définit comme "un fou de musique". Il a 5 ans quand il voit son père danser en écoutant Presley dans "Blue Suede Shoes" : "Pour un petit gosse, c’est impressionnant de constater qu’au fait, oui, son père vit !" Le premier album qu’il achète, c’est "Killer Queen", d’un groupe qu’il verra à l’âge de 6 ans, à Forest. Plus tard, il fait le mur pour aller voir les Cramps à Cologne, "l’expérience ultime". Autodidacte considérant que "le rock’n’roll, c’est quatre ou cinq accords", il estime qu’ "après, tout est dans les intentions, la faculté à faire passer une personnalité".

Avec sa femme Olivia, David Israël tient aussi la boîte de communication Satisfaction. "Contrairement aux Etats-Unis, ici, c’est tabou d’affirmer qu’un groupe rock fait aussi du marketing", dit-il, avant de constater, avec raison, que dès les années 60, de nombreux groupes, Beatles compris, ont été constitués sur des principes d’image. Pour John Stargasm le musicien, "certains groupes affichent une fausse modestie constante, et ne sont même pas capables de donner ce qu’il faut sur scène. Avec Ghinzu, quand on fait un show, on est généreux, on donne tout". A constater dès ce soir au Bel’zik festival à Liège, et dimanche à l’Eden de Charleroi.

"Mirror Mirror", Ghinzu, Dragoon/PiaS.