Dans la foulée de la sortie de leur sixième album, "Tales of Us", Goldfrapp, le duo anglais emmené par Alison Goldfrapp et Will Gregory, avait programmé une tournée européenne automnale, qui passait, mardi, par l’Ancienne Belgique. Etonnamment, la soirée est chaude (20 °) et la salle baigne dans une sorte de torpeur tropicale. Quand la chanteuse s’avance vers le micro, on croirait une châtelaine perdue, un air accentué par sa cape en mousseline noire. On imagine un manoir, de la brume et un froid, si pas figeant quelque peu revigorant. Illusion.

Genres contrastés

Depuis l’onirique et acoustique "Felt Mountain" (2000) jusqu’au plus remuant et dispensable "Head First" (2010), le duo a osé des genres contrastés. Sur "Tales of Us", il a renoué avec les ballades éthérées des débuts. Mardi soir à Bruxelles, le cœur de Goldfrapp n’a pas balancé. Il a proposé un concert en deux temps. Une première partie puisant dans "Tales of Us" et concentrée sur les histoires d’amour désenchantées écrites à la première personne par Alison (portant des prénoms comme "Jo", "Drew", "Alvar" ou "Annabel"). On comparerait bien l’interprétation - tant vocale qu’instrumentale - des morceaux à de la broderie, d’une finesse et délicatesse rares; ce qui est loin d’être évident pour certains live. Mention particulière au violon qui soutient la texture sans l’inonder ("Annabel", "Clay"). Claviers et guitares ne sont pas en reste, saupoudrés juste ce qu’il faut, histoire de relever le caractère hanté de l’une ou l’autre composition ("Alvar"). Certains pourront certes regretter le côté trop corseté de l’ouvrage.

La deuxième partie est plus enlevée, avec des spots à led qui se font flashy alors que le groupe puise dans presque toute sa discographie (excepté le controversé "Head First") les morceaux plus ardents. Ici, le batteur se réveille, abandonne la douce frappe des balais pour cogner davantage. L’ambiance intimiste et acoustique vire au mode électrique et synthétique. Instrument en bandoulière, la claviériste se déchaîne.

Dans un style comme dans un autre, un fil conducteur : la voix soupirante et vaporeuse de la belle. Hypnotique.