Musique & Festivals

Plongé dans une conversation téléphonique en anglais, look relax - bonnet, sac à dos, jeans et baskets -, le trentenaire barbu se fond dans le décor : la maison de disques Pias, à Bruxelles, où il s’apprête à donner une volée d’interviews. "Ah bonjour, pardon, j’étais dans mon autre monde, là."

Gaz industriel et envolées musicales

Benjamin Grandgeorge, Versaillais de naissance et Bruxellois d’adoption, cumule deux boulots depuis plusieurs mois : musicien et ingénieur - en costume-cravate. "Mais là je touche à la limite du système", confie-t-il. "So Logical", le premier album de Grandgeorge, de son nom d’artiste, paraît ce 11 janvier. Il s’apprête à laisser derrière lui sa carrière au sein de la société Air Liquide, leader mondial des gaz industriels, où il travaille depuis 2004 dans le domaine commercial. "J’ai trop de projets musicaux en tête - et pas seulement en lien avec l’album - que pour les réaliser avec un autre boulot en parallèle."

En 2013-2014 déjà, Grandgeorge s’était offert une année sabbatique afin de combler son désir de faire de la musique. Pas juste pour grattouiller sa guitare dans son divan. Celui qui, sous son air bonhomme et un caractère très sociable, se dit "pragmatique","impatient" et "très têtu" n’a pas chômé : il a écrit et composé une volée de morceaux, réalisé des maquettes, enrôlé deux musiciens (le bassiste Nicolas L’herbette et le batteur Sam Rafalowicz, issus du jazz) et, de fil en aiguille, noué d’utiles contacts. Résultat : un mini-album, sorti en 2015. Propulsé sur toutes les ondes radios par une joyeuse mélodie que la Belgique a chantonnée tout l’été, y compris dans les plaines festivalières : "So Fine". "Avoir une chanson très ‘single’, cela a beaucoup aidé", insiste Grandgeorge.

Il faut dire que les "buzz", battages sur les réseaux sociaux et autres stratégies destinées à propulser artificiellement un artiste, ce n’est pas trop son truc. Un temps, confie-t-il, il a imaginé se rebaptiser BBEGG (les initiales de ses prénoms et de son nom). Pas sa meilleure idée, reconnaît-il. "En fait, tout ce qui est de l’ordre du visuel, du marketing… Je suis bon pour vendre des projets industriels, des contrats, mais quand il s’agit de moi, ça devient difficile." Pourquoi pas Grandgeorge ? lui ont alors suggéré des amis. "C’est vrai qu’en Angleterre - où j’ai passé une partie de mon enfance - les gens aimaient ce nom, ils trouvaient ça très chic."

Indécrottable optimiste

Quoi qu’en dise son prénom, quant à lui, Benjamin se situe "juste au milieu" d’une fratrie de sept. Un environnement familial heureux, souligne le chanteur."Je pense que mon côté optimiste - et donc la tonalité de mes textes en général - vient en partie de cela.""Mes parents nous ont aussi appris à beaucoup bosser, à oser - et à ne pas vivre que pour soi", ajoute celui dont le papa a fait carrière chez Unilever et la maman était homéopathe.

Ils ne sont pas pour rien, par ailleurs, dans la vocation musicale - éclectique - de Benjamin. "Ils écoutaient beaucoup de musique classique et nous emmenaient aux concerts. Dès l’âge de 7 ans, on a tous appris le piano plus un autre instrument (moi c’était la clarinette, puis la guitare en autodidacte). Tous les soirs, on défilait au piano. Je vois encore ma mère (très bonne pianiste), pomme de terre et couteau en main, s’approcher et lancer ‘mi bémol !’ Et mon père nous passer Simon&Garfunkel ou les Beatles dans la voiture et s’emballer : ‘Ecoutez la basse, là !’"Sa fibre pop et son appétit d’expériences musicales, Grandgeorge les cultivera aussi, adolescent, dans un groupe où il officiera à l’écriture, au chant ou encore à la batterie.

Ce n’est que quinze ans plus tard qu’il se plongera totalement dans la musique, effectuant un grand écart par rapport au monde de l’entreprise. "Mais je me sens aussi à l’aise d’un côté que de l’autre. Dans un cas comme dans l’autre, on travaille avec des personnes qui se rassemblent autour d’un objectif et, souvent, sont passionnées par ce qu’elles font - moi, j’aime bien passer une demi-journée à faire des calculs dans Excel, ou à discuter avec un client."

Du Bota aux festivals d’été

S’il ne révolutionne pas l’histoire de la pop, "So Logical" ne manque pas de charme. Tissé de mélodies efficaces (un petit quelque chose de Charlie Winston par ici, de Paul Simon ou de Sting par là), porté par une voix chaleureuse et une écriture vive, l’album est empreint d’une douce joie contagieuse. A découvrir au Bota notamment, le 18 février; et dans les festivals d’été.

Grandgeorge, "So Logical" (Pias). Déjà disponible en digital; en CD dès le 11/1.

En concert le 18/2 au Botanique, le 20/2 au Bel’Zik et le 4/3 à l’Eden.