Après avoir fait l’impasse sur l’année 2010, le festival caritatif "HipHop(e)" revient samedi sur la scène du KVS pour une troisième édition placée sous le signe des "ladies". Pour recueillir de l’argent, destiné à un projet de mères accueillant des orphelins initié par SOS Villages d’enfants, des rappeuses et chanteuses de R’n’B, venues des quatre coins du monde, se succèderont. Avec comme tête d’affiche, le quator new-yorkais Allure et la Française K-Reen. Avant elles, des groupes ou artistes venant de Belgique évidemment, mais aussi des Pays-Bas, du Maroc ou, c’est une curiosité, de Palestine viendront prouver que le milieu du hip-hop, souvent considéré comme très macho, a aussi un côté féminin.

"En plus d’éviter de tomber dans la routine, on avait envie de mettre à l’honneur les filles que l’on voit moins parce qu’elles sont moins nombreuses que les mecs. Mais pas moins efficaces", nous souffle Rival, l’organisateur du festival. "Par exemple, je ne connaissais pas Nina Meskina alors qu’elle a vraiment beaucoup de talent."

Il est vrai que pour trouver une trace discographique de cette rappeuse atypique, il faut avoir écouté les compilations "Héritage", consacrée au 50 ans de l’indépendance du Congo ou "Dans ta ruelle" de la structure Same-Same. Les spectateurs des dernières "Sessions urbaines", de Lézarts Urbains, au Bota, auront peut-être aussi remarqué la jeune femme congolaise (28 ans) qui rappait en jupe et talons. Atypique donc.

Arrivée en Belgique à six ans, à Zellik, Vanina a toujours été intéressée par la musique et l’écriture. Mais pas par le rap. Le premier contact avec cette culture, elle le connaît lorsque, durant ses études secondaires, elle se lie d’amitié avec les membres du groupe Ultime Team.

"J’allais souvent les voir en concert et je m’amusais à les imiter. Puis un jour, Rellik, un des membres du groupe, m’a mis une feuille entre les mains et m’a appris les techniques de base de l’écriture rap. J’ai commencé pour m’amuser, pour faire des rimes."

Après l’écriture vient le passage à l’acte, un micro entre les mains. Mais tout cela se fait encore entre amis. La vraie révélation a lieu en 2009 lorsque l’ASBL Same-Same lui demande d’enregistrer un titre pour leur compilation consacrée à la musique urbaine belge et féminine. "Ils avaient du mal à trouver des rappeuses belges", rigole Nina Meskina. Ce qui veut déjà dire beaucoup sur la difficulté d’exister en tant que fille dans ce milieu. "Je ne peux te parler que de mon expérience personnelle", enchaîne l’artiste. "C’est comme les femmes qui, pour la première fois, font des boulots normalement réservés aux hommes : il faut faire ses preuves. Au début, quand j’arrivais sur scène, le public s’attendait à ce que je chante parce que je n’ai pas la dégaine typique d’une rappeuse. Je reste féminine alors que les filles ont tendance, en réaction au côté macho du rap, à se masculiniser. Comme les mecs, elles portent des pantalons baggy et parlent mal. J’ai envie de casser cette image."

Un combat qui n’est pas gagné d’avance, mais elle en est consciente : "Pendant les "Sessions urbaines", au Bota, j’ai entendu des remarques du type : elle rappe mieux que certains hommes. J’aurais préféré qu’on dise : elle rappe bien. Point. Sans référence au genre. Mais ça viendra." Une fois sa jambe cassée signée, elle s’attellera à son objectif : sortir un album. "Ce n’est pas facile parce que, actuellement, les maisons de disque ne signent plus de nouveaux noms en rap. Mais mes amis qui connaissent le milieu m’encouragent à persévérer." En faisant, notamment, de son atypisme un atout. "Vingt-huit ans, c’est tard pour se lancer, mais j’ai l’avantage d’avoir du recul pour écrire sur ce que j’ai vécu. Et puis je peux repérer les phrases déjà trop entendues ou qui me feraient rire dans la bouche d’un autre. J’écris des choses dures, mais je ne veux pas d’un producteur qui me transforme en princesse du ghetto. Ce n’est pas le but."

La tête sur les épaules, cette fille n’a pas dit son dernier mot.

Festival HipHop(e), le samedi 5 février au KVS à Bruxelles.

Infos : www.hiphop-e.org