Modern folk". L’appellation figure encore sur la sonnette de l’édifice qui abrite le label Homerecords - aussi appelé "homerecords.be" -, rue Patenier à Liège. Mais son fondateur, l’ingénieur du son Michel Van Achter lui préfère désormais l’intitulé "musique singulières". Pas facile, quoi qu’il en soit, de qualifier cette maison de disques qui affectionne les artistes sans frontières, croisant les genres et les cultures, se situant en dehors des modes et de tout formatage - avec une prédilection pour les instruments acoustiques. "Je pensais plus ‘modern folk’ dans le sens ‘gens modernes’, explique-t-il, mais cela a été compris uniquement dans le sens musical. Ce qui est trop restrictif vu qu’on produit aussi bien de la musique contemporaine de chambre que du trad, de la world, du jazz, de la chanson. Ou encore la rencontre entre un saz, le petit luth turc, et un erhu, vièle chinoise à deux cordes (Emre Gültekin&Guo Gan), et même un projet presque rock, à la Nina Hagen (Venusberg) - albums parus cette semaine." Peu importe le genre, le point d’ancrage de la maison est "la singularité même des artistes, de leur univers. On leur demande d’être au maximum en phase avec ce qu’ils sont, de ne pas tenter de ressembler à qui que ce soit. Il ne leur est jamais demandé un résultat commercial." Homerecords, on l’aura compris, est lui-même un acteur singulier - et précieux - du paysage musical.

160 albums en 12 ans

Créé à Liège en 2004, le label a sorti 160 albums à ce jour (18 rien qu’en 2015); la majorité ont été enregistrés et mixés dans ses propres studios sous la houlette de Michel Van Achter. Si celui-ci bossait seul au début, "nous sommes à présent six : cinq salariés (3,5 équivalents temps plein) et un président (Pierre Mestdagh)", se réjouit-il. Non sans souligner les subventions octroyées par la Fédération Wallonie-Bruxelles (une convention de quatre ans, prolongée d’un an en 2016) et l’aide à l’emploi de la Région wallonne. "On a réussi, à travers les années, à avoir un fonds de roulement, on n’a pas de dette." Ce qui n’est pas évident, vu le contexte d’effondrement du marché du disque ("on vend moins, et en plus, le disque se vend au même prix qu’il y a 10 ans"). Mais aussi compte tenu de la palette musicale du label, bien éloignée de la pop formatée qui truste les hit-parades. Son premier diffuseur radio est d’ailleurs une radio classique, Klara.

Ceci dit, si le navire Homerecords se maintient à flot, c’est aussi, précisément, grâce à ce catalogue de 160 albums "qui continuent à se vendre d’année en année. Des musiques atemporelles, loin des effets de mode."

Une plateforme éthique en développement

Ici comme ailleurs, "les ventes numériques ont fortement augmenté en dix ans, sans pour autant compenser les pertes des ventes physiques", indique encore le responsable de Homerecords - qui, depuis toujours, possède une communication très dynamique via le net. Depuis trois ans, il propose une version digitale de ses albums directement téléchargeable sur son site, via un moteur (downloadbox.be) créé par Michel Van Achter et son collègue Jérôme Collignon. Pour la petite histoire, l’acheteur est invité à payer un montant minimum (souvent 8 €) "mais dans 20 % des cas, il débourse davantage".

Ce prototype est amené à se développer, explique Michel Van Achter. "Le principe est celui d’une plateforme numérique éthique où 100 % du revenu de la vente revient au créateur. Nous avons gagné un prix de 40 000 € de la Région (Boost-Up/Industries Créatives) pour ce projet baptisé Afairzon. Nous sommes occupés à réfléchir à son développement futur : une plateforme internationale de distribution de produits culturels de tous ordres." En attendant, "une plateforme de diffusion réunissant les labels de jazz belges devrait voir le jour prochainement", annonce notre interlocuteur.

Objectif : un festival biannuel dans les trois Régions

Dans l’immédiat, Homerecords se concentre sur le festival qu’il organise à Liège, ce mercredi 4 mai. Il y présente un panel d’artistes (cf. ci-contre). Un rendez-vous que le label - qui a toujours travaillé avec des artistes du Nord et du Sud du pays - entend rendre biannuel, également à Gand et à Bruxelles. "Histoire de fidéliser un public aux musiques singulières."

Quarante professionnels seront présents mercredi, dont des journalistes néerlandais, suédois, polonais, mais aussi un programmateur du BabelMed (forum mondial des musiques du monde à Marseille). Une bonne nouvelle pour Homerecords qui, parallèlement à la production d’albums, développe petit à petit une activité d’agent. Le festival pourrait amener des opportunités de concerts pour ses artistes, musiciens à l’esprit grand ouvert.

Musiques singulières (Festival Homerecords), à la Cité Miroir à Liège, le 4 mai à 19h30 (ticket à 18/20 €). Info et réservation : http://www.homerecordsfestival.be/events

Egalement à Gand (De Centrale) le 12 mai.


Folk, baroque, contemporain, world…

Neuf concerts (de 20-25 minutes) sont au menu du festival Homerecords à Liège, à la Cité Miroir, où ils se dérouleront successivement dans la salle et dans la piscine reconvertie en lieu culturel. Un séduisant mezze de genres et de fortes personnalités musicales. Trois nouveaux CD seront présentés. Dan Barbenel, songwriter écossais, dévoile "Little Black Book", ballades piano-voix empreintes de romantisme et d’humour noir. "Lune de Jade" est l’union chaleureuse de l’erhu de Guo Gan et du saz d’Emre Gültekin (récent lauréat des Octaves avec Vardan Hovanissian). Le violoniste Yves Teicher, lui, pousse son instrument dans de singuliers retranchements dans l’album "Monade". A l’affiche par ailleurs : du baroque (Didier François&Philippe Malfeyt, respectivement au théorbe et à la nyckelharpa); des chansons emplies de poésie (en grec) qui transportent (Photis Ionatos); des compositions fluides et vagabondes guidées par le violon de Wouter Vandenabeele, qui dialogue avec le piano d’Erno le Mentholé.En solo, ce dernier façonne, par ailleurs, de douces et subtiles "sculptures sonores". Cerise sur le gâteau, le fougueux et sensible accordéoniste Didier Laloy livrera des extraits de son nouveau spectacle, "A Cup of Tea ?".