Le 10 mai prochain, Indochine fêtera ses 40 ans. C’est ce jour de 1981 que le groupe créé par Nicola Sirkis et Dominique Nicolas a répété pour la première fois. Pour célébrer cet anniversaire, deux albums reprenant l’intégralité des singles sortis depuis, soit 53 titres, vont être commercialisés. À la façon des albums bleu et rouge des Beatles, le premier, disponible depuis vendredi, couvre la période 2001-2021, le second le sera en novembre et se concentrera sur la période 1981-2001.

"Pâle copie de The Cure"

Quatre décennies après ses débuts, Nicola Sirkis en est conscient, Indochine est une sorte de miracle. "Nous sommes des survivants, concède-t-il. On nous a enterrés dès le premier jour, dès le premier concert, dès la sortie du premier album. Ça allait durer six mois et puis bye bye." Ce "on" désigne surtout les médias français, qui, longtemps, n’épargneront pas le combo parisien, le qualifiant de "pâle copie de The Cure", de "formation démodée", etc. Car, du côté du public, "L’aventurier", premier single sorti en 1983, s’écoule à plus de 500 000 exemplaires, se hissant sur le podium des charts hexagonaux aux côtés de "Billie Jean" de Michael Jackson et de "Let’s Dance" de David Bowie.

"Nous sommes à présent devenus un groupe hyper respecté, mythique, souligne le chanteur, tel un pied de nez adressé à ses détracteurs de l’époque. Notre histoire prouve que, lorsqu’on demande des conseils, personne ne détient la vérité. Il n’y a pas à donner de conseils. Nous ne pourrons jamais être dans le jury d’une émission du type télécrochet car on ne se permettra jamais de dire à quelqu’un d’apprendre à chanter, qu’il ne fait pas ça bien ou qu’il n’y arrivera pas." Des survivants, donc. Parce que, oui, Nicola Sirkis a pensé plus d’une fois fermer la boutique Indochine. "Le fait d’y croire, ça ne veut pas dire qu’on n’en a pas marre un jour. Oui, il y a eu plusieurs fois l’envie d’arrêter. Mais ça m’a traversé l’esprit une heure ou deux. Ou peut-être deux jours. Parce que, parfois, les émotions sont assez cher payées."

Amicale Belgique

Et si Indochine affiche aujourd’hui une longévité exceptionnelle, c’est en partie grâce à la Belgique. "Chez vous, on n’a jamais eu trop de soucis au niveau des médias. Parce que le public et les médias belges sont beaucoup plus habitués au paysage rock. Il y a plus de culture anglo-saxonne chez vous que du côté du public et des médias français." Entre 1993 et l’an 2000, lorsque le groupe était dans le creux de la vague outre-Quiévrain, il faisait toujours recette chez nous, ce qu’il n’a jamais oublié.

Les affinités entre Indochine et la Belgique dépassent le cadre du succès. Retracer l’histoire du groupe, c’est aussi croiser des personnalités belges et des lieux de chez nous qui, toutes et tous, ont joué un rôle dans le destin d’une formation pourtant promise à une mort subite.