Ce Verviétois de 56 ans était connu aux quatre coins du monde avant d’être prophète en son pays, grâce à "Catch the Spirit" paru en 2008. Sur cet album, qui eut une suite cinq ans plus tard, Jacques Stotzem réinterprète, à la guitare acoustique, des standards du rock le plus souvent hurlés à la Stratocaster, signés Jimi Hendrix, Neil Young, Led Zep, U2.

Cette fois, l’album "To Rory" est monothématique, centré sur Rory Gallagher (1948-1995), guitariste et chanteur tout aussi irlandais qu’incendiaire, rock bien sûr, mais coulé dans le blues le plus profond. Et c’est là que.

Jacques Stotzem s’est fait une spécialité de la technique du picking, un style issu du blues premier et de la country, où le musicien fait tout avec ses dix doigts : ligne de basse, percussion, accompagnement, mélodie. D’où l’impression, parfois, d’entendre plusieurs musiciens, alors qu’il fait ça tout seul, comme un grand qu’il est. Bien que le picking se joue essentiellement à la guitare acoustique, le Verviétois est devenu fan convaincu de Gallagher, grâce à l’album "Live in Europe" (1972) et au concert du jeudi 6 octobre 1977 à la salle omnisport de Grivegnée. "Greveniers", stipule le billet original, reproduit dans la pochette de "To Rory".

Du jamais fait

"Une lecture instrumentale de sa musique à la guitare acoustique, ça n’a jamais été fait", dit un Jacques Stotzem qui ne prend jamais les choses à la légère. Plusieurs fois dans la conversation revient le mot "respect", celui qu’il a pour la musique et que, en retour, il applique à son travail de transcription : "Je ne voudrais pas arranger un morceau de Gallagher ou de Hendrix juste en prenant ma guitare et en faisant quelques accords. Au préalable, il y a un long travail d’écoute de la guitare, mais aussi de la voix, et j’essaie de les transcrire dans les détails d’interprétation."

Le premier lien du guitariste avec la musique, c’est la mélodie, dont il se dit "fou". Dans cette quête, la voix est essentielle : "En calquant ma guitare sur sa manière de chanter, je me suis aperçu que j’aurais presque pu imaginer une mélodie comme la sienne. C’est ainsi que je me suis rendu compte de son influence inconsciente."

Ça alors, il y avait donc du Gallagher dans le Stotzem qu’on écoute depuis un bail. " Alors que je n’ai pas beaucoup travaillé avec lui au départ, dès que je me suis mis à arranger instrumentalement ses morceaux chantés, j’ai senti une influence forte sur mes dernières années de guitare. Sa manière de composer a eu une influence sur moi sans que je le sache."

Remarquez, dans le répertoire du brûlant Irlandais, des titres comme "Tattoo’d Lady" ou "Follow Me", dépassant le cadre du rock blues, déploient une élégance mélodique, comme "To Rory" le laisse entendre. "Rory Gallagher a toujours évoqué des personnages étonnants comme référence : Big Bill Broonzy dans le genre Texas blues, Blind Boy Fuller, dont le picking était influencé par le ragtime, ou encore Lonnie Donegan et son skiffle", improbable mais efficace mixture de jazz, blues et country que pratiquèrent les Beatles à leurs débuts, encore sous le nom de Quarrymen.

"Il y a beaucoup de réminiscences de ce blues acoustique sur son album Live In Europe , et c’est ce qui m’a donné envie de jouer de la musique. Je ne pouvais être autre chose qu’un fan de Rory Gallagher", conclut Jacques Stotzem.

Album "To Rory", CD ou LP Acoustic Music Records. Jacques Stotzem en concert le 10 janvier au Heptone à Ittre, le 12 à l’Auditorium Abel Dubois à Mons (Classic 21), le 15 et le 16 à La Spirale, Natoye (Hamois). Suite des dates sur http://stotzem.com/


Rory Gallagher, le blues écorché vif

Live. Né le 2 mars 1948 à Ballyshannon, en Irlande, Rory Gallagher est devenu fou de blues en écoutant Muddy Waters, John Lee Hooker ou Leadbelly à la radio et en collectionnant leurs disques. Sa carrière a commencé à Londres, fin des années soixante, au sein du trio Taste, façon Cream. Après trois albums, il partait en solo. Le meilleur reflet de son tempérament musical se retrouve sur les enregistrements en public, "Live Taste" (1971), "Live ! In Europe" (1972) et "Irish Tour" (1974). Mais Rory a brûlé la chandelle par les deux bouts et s’est éteint le 14 juin 1995 à Londres, à 47 ans. Depuis, il est l’objet d’un culte mondial mais particulier en Irlande et à Manchester, où un festival lui est consacré. Jacques Stotzem y a joué. Selon le Verviétois, malgré le côté incongru de la guitare acoustique au milieu de ce festival très électrique, le mot qui revient souvent à propos de ses interprétations, c’est "You keep Rory alive". Il n’y a pas de plus beau compliment.