Entretien

Par Michi-Hiro Tamaï

On avait déjà croisé ce singulier duo sur la scène de la Boutik Rock en février 2006. Avec son style inclassable quelque part au croisement de l'electro et du hip hop, Joshua avait convaincu le public. Un an plus tard, le duo bruxellois livrait un premier album baptisé "Music and Chocolate". Un disque autant appécié que snobé pour son approche pop ("What u doin'", "St Again"...) du mélange précité, émaillé aussi de quelques notes blues et funk. S' ils se définissaient au départ comme collectif, Greg (compositeur et arrangeur) et Senso (qui prête sa voix à la plupart des morceaux, parfois épaulé d'I.Q. et de Claudia Chiaramonte) préfèrent désormais parler de groupe. Un groupe donc, qui, selon eux, ne fait "pas de la fusion. Ce qui ne donne pas de l'electro hip hop mais quelque chose d'autre".

Un univers qui se voit épaulé sur scène de projections vidéo fantasmatiques travaillées par Greg. Logique vu que ce dernier est graphiste de formation. Mais son parcours musical n'en demeure pas moins étoffé avec entre autre pédigrée, une virée solo en mode industriel sur "L'homme à la tête de chien". De son côté, Senso vient du secteur hip hop, avec un parcours de MC et chanteur, "sans volonté pour autant mettre ce style en avant dans Joshua". Depuis la sortie de "Music & Chocolate", les dates de concert ne cessent de s'accumuler. "Cinq à dix fois plus que l'année passée", avouent-ils. Rencontre avec le duo, à quelques emjambées du grand départ pour les festivals qui les verra débarquer sur scène, avec I.Q., un batteur, un bassiste et un DJ.

Vous accumulez pour la première fois une vingtaine de dates sur un été mais elles se concentrent au sud du pays. Le Nord ne vous aime pas ?

Greg : On ne se plaint pas. Nous avons déjà fait trois festivals en Flandre. Mais les gens connaissent mieux Joshua - depuis sept ans - à Bruxelles et en Wallonie. On a déjà joué à Anvers pour Amnesty International aussi, avec Lalalover un groupe flamand qu'on aimerait faire venir en Wallonie. Je pense que si la Belgique est divisée, c'est autant de la faute des organisateurs que des groupes. En tout cas, on a pas l'impression d'être dans le même pays.

Senso : Sous nos latitudes, il est très difficile pour un groupe de devenir national. Cela dit, on passe quand même sur les radios flamandes. Et on a bientôt une scène à Malines...

Vous représentiez la Belgique sur la scène du Tremplin Découverte du dernier Printemps de Bourges en France. Avez-vous déjà eu des retombées positives ?

Greg : L'impact a été donné, il y a des choses qui en découlent clairement mais qui ne sont pas encore ressorties de terre. Parfois on se rend compte que même s'ils ont l'air inutiles, certains concerts ont des impacts deux ans plus tard. On prépare encore le terrain français, mais on préfère ne pas en parler pour l'instant. Ça ne saurait tarder.

Comment abordez-vous les concerts en salles et les passages en festivals ?

Greg : En festival, le public ne vous connaît pas forcément. On préfère faire donc danser les gens. D'ailleurs on est occupé à travailler des setlists et versions spéciales de nos morceaux pour cet été. On a renforcé les troupes sur scène maintenant et on va donc tout faire péter ! En festival, il est bon de savoir avant et après qui on joue. C'est un jeu. Certains arrivent sans rien savoir et en pensant que toute l'attention se focalisera sur eux. Pour moi, l'option festival, ce n'est vraiment pas ça. S'il peut y avoir un échange entre deux groupes, faisons-le. J'aime la notion d'exploration et de mix culturel. Au début j'étais tout seul, puis avec trois, quatre et cinq mecs. Et sans exagérer, il y a bien une petite cinquantaine de personnes qui sont passées sur scène. La seule qui est restée, c'est Senso. On veut désormais aller au-delà d'un simple featuring et se recentrer en tant que groupe.

Senso : On ne joue pas de la même manière à Couleur Café qu'à Dour car le public est différent. C'est ce qui fait partie de l'essence du groupe : multiplier les influences.

Des influences hétéroclites que vous regroupez sous le terme de "street pop"...

Greg : On s'est amusé avec ce terme qu'on a fait circuler. Au début, les gens - surtout les maisons de disque - nous disaient : c'est chouette ce que vous faites, dommage que ça parte dans tous les sens. On leur a dit après qu'ils n'avaient rien compris et que c'était de la "street pop". Le terme est resté... (Rires communs)

Vous aimez bien le visuel. Vous préparez les projections diffusées en concert ?

Greg : Je suis occupé à rechercher des vidéos de Gi'Jo que je faisais quand j'étais môme. Beaucoup d'artistes font appel à un VJ. Dans ce cas, il passe des images pour faire joli. Nous préférons opérer un renversement : une image avec du son qui arrive dans notre musique. Avec comme question corollaire qu'est-ce que l'image va apporter au son et inversement. Tout en sachant très bien que c'est un concert et pas une projection cinéma.

Sur la pochette de votre précédent EP, on lisait "A life road movie". Le dernier album annote "A long empty road". Vous êtes plutôt "Little Miss Sunshine" ou "Thelma et Louise" ?

Greg : Un peu des deux, ça dépend des jours. Je pense que je me marrerais mieux en étant Thelma et Louise. Mais quand on grandit, l'envie c'est plutôt de s'approcher de "Little Miss Sunshine". Ce groupe, pardon, film reste populaire dans le bon sens du terme. Un peu comme nous. Mais "Thelma et Louise", c'est la vie et l'aventure. Sauf qu'à la fin, elles meurent.

Joshua, "Music & Chocolates", 1 CD No Vice Music/Universal. La formation passera entre autres cet été aux Ardentes (le 5/7), à Dour (le 12/7), aux Francofolies de Spa (le 22/7), à Eurytmix (le 16/8) et à l'Autumn Rock Festival (le 15/9). Rens. : www.joshuanoise.com.


Ecoutez Joshua en interview à Couleur Café