Musique & Festivals

L'auteure, rappeuse et dramaturge londonienne sortait mi-juin The Book Of Traps And Lessons, qui voit son rap céder la place à un spoken word imprégné de poésie. Rencontre intense et engagée avec Kate Tempest avant sa venue au Pukkelpop ce dimanche.

Un piano, une voix, un récit. À 33 ans, deux albums de rap coup-de-poing en poche, Kate Tempest se raconte, nous raconte, dans des poèmes épurés dépouillés des beats qui ont imposé la Londonienne sur les scènes du monde entier. Révélé en juin dernier, son Book Of Traps And Lessons ( American Recordings) est une déclaration. Un long poème pratiquement déclamé d’une traite, en opposition radicale aux morceaux courts et efficaces postés par milliers sur les réseaux sociaux. Le choix est fort, l’artiste intègre.

Plume à la main, poing levé, Kate dissèque ce monde de compétition constante dans lequel l’ultraconnectivité a pris le pas sur la réalité. Point de haine, Tempest aime cette humanité si finement disséquée, mais se désole de la société qui - selon elle - la fait plonger dans un isolement meurtrier. Rencontre intense avec une artiste sincère, dont chaque mot est maîtrisé.

"Je pense que les artistes ont une responsabilité, et que cette responsabilité est de créer un espace où les gens peuvent ressentir des choses à nouveau", déclare-t-elle calmement, carnets de notes à la main. "Car le système dans lequel nous vivons, cette société capitaliste hyperindividualiste, nous plonge dans une certaine torpeur. Quand je ressens moi-même cette torpeur, j’écoute un disque, je lis un livre, qui me reconnectent avec moi-même et la réalité. Il est là notre rôle en tant qu’artiste : créer un lieu dans lequel les gens se sentent visibles, vus et reflétés tels qu’ils sont."

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