Girl in a Band" commence par un chapitre intitulé "La fin". Elle y raconte le dernier concert donné en octobre 2011 au Brésil par Sonic Youth, groupe de rock expérimental post-punk fondé à New York au début des années 80. Composé de Steve Shelley, Lee Ranaldo et d’un couple - à la ville comme sur scène -, Thurston Moore et Kim Gordon. Après 27 ans de mariage, ces derniers se séparent. Ceci explique cela.

Ecrite par Kim Gordon, bassiste au sein du groupe mythique, "Girl in a Band" est une autobiographie dont le titre renvoie à la sempiternelle question que lui posent les journalistes : "Qu’est-ce que cela fait d’être une fille dans un groupe ?" Loin de n’aborder que la vie du groupe ou que les déboires du couple, ce livre retrace avant tout le parcours d’une femme, née en 1953, qui a principalement grandi en Californie avant de rallier, bardée d’un diplôme des beaux-arts, New York en 1980.

Big Apple dans les années 80

Dans sa forme, cet ouvrage n’est pas sans rappeler "Just Kids", autre autobio d’une autre grande - immense - artiste, Patti Smith. Si cette dernière effectue une captivante descente dans le New York underground des années 60-70, Kim nous décrit le bouillonnement culturel qui agite Big Apple dans les années 80, mais aussi durant la décennie suivante. La scène musicale y vibre de no wave jusqu’au-boutiste et nihiliste (courant dissonant et bruitiste, préférant au couplet-refrain la déstructuration).

Evoluant dans un premier temps au sein des arts plastiques tout en enchaînant les petits boulots, Kim Gordon rencontre Thurston Moore, qui édite des fanzines ayant pour sujet la scène hardcore. Il est mu par l’envie de monter un groupe, qu’il concrétise en 1981. Après des débuts confidentiels, Sonic Youth deviendra une des figures majeures du rock alternatif. Les fans du groupe de rock bruitiste devront attendre à peu près la moitié du livre avant que ne soit abordée son histoire. Car il y eut une vie avant Sonic Youth et, heureusement, il y en aura une après.

L’avant, c’est Kim qui grandit dans un milieu privilégié, papa prof d’unif, maman artiste. Il y a aussi un frère, Keller, enfant à problèmes devenu schizophrène. Comme souvent dans les autobiographies, on croise beaucoup de monde, dont certains deviendront célèbres. Ainsi de Danny Elfman (son petit ami bien avant d’être compositeur de musiques de films), Larry Gagosian (futur grand marchand d’art) ou encore Kurt Cobain, dont Sonic Youth assurera la première partie de la tournée de Nirvana en Europe en 1991.

L’après, c’est Kim qui fonde Body/Head avec Bill Nace et, surtout, qui expose à la Gagosian Gallery de LA.

"Girl in a Band" ? Sans doute, mais singulièrement, la femme, l’image qu’elle véhicule (voir à ce propos les chapitres consacrés à sa garde-robe et à la marque qu’elle lancera, X-Girl), l’éducation qu’elle a reçue et qu’elle va donner (Coco, sa fille naît en 1994),…

Des 12 pages (sur 352), consacrées à ce qu’elle appelle "l’explosion de son mariage", les esprits chagrins y verront une sorte de règlement de compte. Thurston Moore l’ayant trompée, elle réagit en femme trahie. Elle glisse bien, çà et là, l’une ou l’autre pique, mais ce qu’elle essaie surtout, c’est de comprendre. Kim Gordon reste digne et fidèle à sa "persona", "image détachée, impassible ou distante que je semble dégager".

"Girl in a Band", Kim Gordon, traduction de Suzy Borello, Le Mot et le Reste, 353 pp., env. 25 €.