Musique & Festivals

Le groupe de rock mythique était de passage dimanche à Dessel pour dire adieu à son public. Chronique d'un show dantesque.

"C'est la journée des vieilles gloires" nous lance un confrère sur la plaine de Dessel (Anvers). Portée par Kiss, Def Leppard ou même Whitesnake, cette ultime journée du Graspop 2019 fait effectivement dans la nostalgie, le plaisir coupable, la fin d'une époque. Les vieux mythes du rock sont de sortie, et à voir leurs sourires, on a le sentiment qu'ils sont ravis d'être encore conviés. À commencer par David Coverdale, qui entre triomphalement sur scène à 17h25 et offre à un public de métalleux accablés par la chaleur, un best of de classiques et de clichés du genre.

Whitesnake n'a jamais joué les premiers de cordée, mais les Britanniques ont toujours mis un point d'honneur à remplir le cahier des charges. Coverdale multiplie les poses, pendant que Tommy Aldridge s'excite derrière ses fûts et que les deux guitaristes s'affrontent par riffs interposés jusqu'à la traditionnelle "Battle" de solo finale. Le Graspop n'est plus un festival, mais une grande célébration du rock 'n' roll où se mêlent harmonieusement les vieux fans pansus de la première heure, et les jeunes pousses scotchées au premier rang pour rattraper leur retard sur leurs aînés.

Uncle Acid and The Deadbeats nous offrent une petite parenthèse "stoner" psychédélique et puissante, Rob Zombie démontre une nouvelle fois que dans la famille des satanistes ésotériques, il tient nettement mieux la route sur scène que son petit camarade Marilyn Manson, et nous gratifie d'une version démoniaque d'Helter Skelter. Puis vient "le grand final", le point d'orgue, LE momentum musical et émotionnel de la journée : les adieux de Paul Stanley et Gene Simmons. On aime, on déteste, mais on connaît tous Kiss. 

Formé à New York par les deux compères en 1973, le quatuor a inventé tout un pan de la culture métal et développé, bien avant Rammstein, le concept de l'ultra-show. ​Quand Starchild, The Demon, Spaceman, et The Catman débarquent sur scène sur le Rock And Roll de Led Zep', on sait donc déjà pertinemment que l'on va en prendre plein les dents.

Detroit Rock City lance les hostilités avec ses "Get Up" scandés par la foule à chaque refrain. Shout It Out Loud, Deuce et Say Yeah enfoncent le clou, et les hits s'enchaînent méthodiquement pendant deux bonnes heures qui laissent le temps aux garnements de piocher dans treize de leurs albums, et de réserver un traitement de faveur légitime à Kiss et Destroyer. Le public, relativement apathique, se secoue un peu, chante, lève le doigt en l'air et... danse, puisque ce rock'n'roll là filerait le gigotant à un soldat posté en faction devant Buckingham Palace.

D'autres ne bougent pas, médusés par le déluge d'artifices et la débauche d'énergie de Paul Stanley, qui se jette dans les flammes, parle sans arrêt avec son public, ​et arpente la scène du haut de ses semelles de 20 cm d'épaisseur.

Quand celui-là se calme, les autres prennent le relais. Gene Simmons n'arrête de tirer la langue que pour cracher du feu ou croquer dans une pastille de faux sang, histoire de dégouliner d'hémoglobine sur Gods Of Thunder et son traditionnel solo de basse. Tommy Thayers y va de son propre solo à la guitare, et ponctue évidemment le tout par une explosion d'étincelles. Ensuite, on ne sait plus trop où donner de la tête, la scène bouge, monte, descend, envoie pratiquement Simmons dans le plafond, et en fait de même avec la batterie d'Eric Singer. ​

Tout y passe jusqu'à Love Gun et le crowdsurfing de Paul Stanley, suspendu à un câble, qui rejoint un morceau de scène dressé au beau milieu du public pour enchaîner sur I Was Made For Loving You, qui dénote toujours aussi nettement dans le répertoire de Kiss. Le public est ravi, Beth, Crazy Crazy Nights et Rock And Roll All Nite n'ont plus qu'à boucler le travail et ponctuer cette petite fête. L'ensemble est tellement bien rôdé qu'on s'en veut d'avoir attendu les adieux du groupe pour le découvrir sur scène. Qu'on aime ou non le répertoire, Kiss a plus que mérité son statut de légende, et ce show final fait largement honneur à l'héritage qu'il laissera derrière lui.