Musique / Festivals

La nouvelle "Turandot" de l’ORW ("La Libre" du 23 septembre) sort assurément des sentiers battus. Parce que José Cura a su trouver le juste milieu entre modernité et tradition, inscrivant l’action dans des décors (la Cité interdite) et costumes sobres, une ligne claire qui évoque un Orient de mangas ou de dessins animés plus que la pompe minutieuse façon Zeffirelli. Parce qu’une place prépondérante est laissée aux femmes (les soldats de Turandot sont des guerrières) et aux enfants : la maîtrise de l’ORW, curieusement escamotée de la "Bohème" la saison passée, est ici omniprésente à l’avant-scène, avant même le lever du rideau et jusqu’au final, pour chanter ses parties mais aussi pour incarner une jeunesse d’aujourd’hui (sweat-shirts et smartphones de rigueur), un groupe acteur et spectateur qui permet d’inscrire l’œuvre dans notre temps et de créer un habile degré de distanciation (certains construisent une Cité interdite en Lego).

Mais aussi parce que l’abandon du final apocryphe permet à Cura de rendre un bel hommage au compositeur dont il a si souvent incarné les héros : après la mort de Liù, Timur, le Roi des Tartares, prend les vêtements et le visage de Puccini, et vient rendre le dernier souffle devant des choristes qui ont, eux, revêtu les atours de Cio-Cio San, Pinkerton, Manon Lescaut, Scarpia, Suor Angelica, Minnie et quelques autres.

Le moment de grâce

Musicalement aussi, la soirée est une réussite. Grâce à la direction précise, incisive et sans pathos inutile de Paolo Arrivabeni, qui signe ici sa dernière ouverture de saison, mais aussi grâce aux forces de la maison - orchestre, chœurs et maîtrise à leur meilleur - et à une distribution de premier plan. Si Cura lui-même peut parfois sembler un peu âgé pour un Calaf - la voix a tendance à s’étrangler un peu dans l’aigu - l’incarnation est inspirée et émouvante, et son "Nessun dorma" du troisième acte, sobre et pur, est le moment de grâce attendu, en ce compris la tenue du "Vincerò".

Superbe à ses côtés, la Turandot de Tiziana Caruso, resplendissante de beauté mais aussi vocalement souveraine, triomphant avec autant d’aisance dans le grave, le médium et l’aigu. La Liù d’Heather Engebretson a un peu de mal à passer l’orchestre en début de soirée, mais son adéquation au personnage est idéale et son "Tu che di gel sei cinta" apporte l’émotion attendue. Très beau Timur (Luca Dall’Amico), et excellents comprimari, locaux (Delcour, Joakim) ou fidèles (Rouillon, Tchuradze).

Liège, Théâtre royal, jusqu’au 4 octobre; www.operaliege.be