Lorsque nous réalisons cette interview, mi-mars, l’espoir est encore de mise. Martin Grégoire (batterie) et Antoine Flipo (piano) ont certes renoncé aux concerts printaniers programmés en Allemagne et en France, mais Glass Museum envisage encore de se produire en Belgique durant tout l’été, et de sortir son deuxième album à la date annoncée.

On sait aujourd’hui qu’il n’en fut rien. Le duo est resté cloîtré chez lui, malgré lui, mais son Reykjavik est parvenu à se frayer un chemin vers les ondes et les magasins. L’ode au voyage et aux grands espaces conçue par les deux Tournaisiens a sorti les confinés de la quarantaine qui leur était imposée, emporté les voyageurs imaginaires assignés à résidence dans les plaines islandaises et les déserts africains. Jamais la musique n’avait été aussi utile pour permettre au peuple de s’évader. "Le paradoxe, ce que ces douze titres ont été composés dans une cave, en pleine ville, lance Martin Grégoire. Et pourtant, c’est vrai, il sonne plus large, plus grand, plus atmosphérique que notre premier disque."


Relativement inclassable, situé à mi-chemin entre le jazz instrumental moderne d’un Gogo Penguin, le néoclassique de Nils Frahm et le post-rock de Mogwai, Glass Museum a adopté les termes "musique à paysages". "En Turquie, on nous voit comme un groupe de rock, poursuit le batteur. Ici, on parle de musique de films, parce que nos compositions se greffent facilement sur des images, au-delà des genres." Chacun son film, chacun ses rêves, chacun son histoire. Eux se sont inspirés de la capitale islandaise, qui donne son titre à l’album, pour sa fraîcheur, son univers lunaire.

Bien que physiquement opposé sur scène, le duo est davantage dans la complicité que l’affrontement. Piano et batterie ont par ailleurs été agrémentés de loops et rythmes électroniques pour élargir le champ des possibles, sans nuire à cette alchimie initiale. "Nos premiers morceaux étaient dans l’instantané parce qu’ils partaient de séances d’improvisation, reconnaît Martin Grégoire. On était dans la dualité, on se renvoyait un peu la balle. Maintenant, chacun amène ses éléments et on construit une structure commune de manière moins frontale."

Formé dans une soirée tournaisienne du temps où on pouvait encore sortir de sa bulle et disserter jusqu’à pas d’heure. Professionnalisé au pas de course en 2016 pour donner un premier concert au concours-tremplin du festival de Dour, avant de sortir une première œuvre en 2018, Glass Museum planche désormais sur un troisième volume écrit durant ces longues semaines de confinement. "On écoute de tout et on joue de tout dans des groupes différents depuis nos 14 ans, ajoute Antoine Flipo. Alors on ne sait pas jouer de blues ou de jazz traditionnel, puisque aucun de nous deux n’a fait le Conservatoire, mais on ouvre notre univers à toutes les sonorités, qu’on absorbe comme deux éponges."

Toujours prompte à se réapproprier les dernières tendances venues du monde anglo-saxon, la Flandre a fait éclore de petites pépites de jazz fusion, comme Stuff ou Black Flower, ces dernières années. Avec Glass Museum, mais aussi The Brums ou les Bruxellois de Commander Spoon, le reste du pays suit la même voie prometteuse. Voilà encore une bonne raison de sortir, pour aller écouter sur scène ce qui se fait de mieux chez nous.

Glass Museum, "Reykjavik" (Sdban Ultra), sorti le 24 avril 2020.

En concert (avec Echt) aux Nuits du Bota, le mercredi 7 octobre.