La Fat White Family aussi s’est réunie pour Pâques

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

Interview
Musique / Festivals

Le groupe de rock du sud de Londres sort Serfs up, excellent et surprenant troisième album de cette fausse famille déjantée.

Il y a six ans, pratiquement jour pour jour, une bande de rockeurs sauvages, consommateurs de substances chimiques en tous genres et adeptes des prestations scéniques déjantées, donnait un coup de sang salvateur à une scène rock en perdition. Avec Champagne Holocaust, la Fat White Family collait une droite à tous les amateurs de garage rock, et replaçait la banlieue sud de Londres au centre de la mappemonde. Puis vint Songs for Our Mothers (2016), deuxième brûlot sombre, abrasif et viscéral du groupe, hanté par la guitare de Saul Adamczewski et le chant psychédélique de Lias Saoudi. Succès de foule, la critique adore. Le sextet est envoyé dans le monde entier, se jette sur tous les psychotropes possibles et imaginables, et se place avec une belle application sur la voie de l’autodestruction.

La sortie de ce Serfs Up (***) (Domino Records) relève donc autant de la surprise que du petit miracle, aujourd’hui. À deux doigts de l’internement, les frères Saoudi et leurs camarades sont parvenus à prendre leurs distances pour mieux s’offrir une renaissance. Le troisième album de "la famille" est noir, cru, dense, mais moins sombre sur la forme, à l’image du très "T-rexien" Tastes Good With The Money. Plus subtiles, les guitares se sont quelque peu effacées face aux claviers et aux cuivres. Le garage rock laisse davantage de place aux refrains pop, mais le flegme, les sarcasmes et une certaine intransigeance, restent l’épine dorsale de ce groupe merveilleusement barré.


Alors, contents d’être de retour ?

Lias Saoudi : Oui, et très contents d’être en Belgique d’ailleurs, il semblerait que les journalistes français aient un niveau d’éducation nettement plus bas. Les interviews ressemblaient à des discussions d’école primaire de qualité médiocre.

Saul Adamczewski : On a une popularité un peu disproportionnée en Belgique et aux Pays-Bas, on y a donné un nombre de shows très élevé. Je ne sais pas quoi, mais il semblerait que quelque chose vous attire dans notre musique (rires).

Le précédent album vous avait apporté une reconnaissance internationale, non ?

L.S : Aux États-Unis, ça n’a jamais vraiment marché. On a eu des réactions de merde. Quand tu conduis pendant neuf heures pour jouer devant neuf personnes à Cleveland, Ohio, tu as un peu de mal à te regarder dans la glace.

S.A : C’est l’endroit le plus déprimant du monde. Le milieu des États-Unis est un terrain vague et ils sont totalement ignorants pour la plupart, donc ils n’ont pas trop saisi le sarcasme britannique.


Serfs Up marque un tournant plus pop, pourquoi avoir opté pour un tel changement ?

S.A : Je pense que c’est essentiellement lié aux drogues, pour être honnête.

Vous avez pris moins de drogues ?

En chœur : Non, des drogues différentes (rires).

S.A : Les dernières années ont été complexes pour le groupe, tous les produits synthétiques qu’on consommait affectaient notre environnement. On était sombres, à plat, pessimistes. C’est ce que vous entendez sur les premiers albums. Mais on est toujours en vie. Les choses ne se sont pas écroulées, comme on le pensait. Ce qui nous a rendus raisonnablement optimistes, aujourd’hui.

L.S : Quand les relations s’enveniment dans la vie normale, les gens prennent un peu de distance. Quand tu t’es engagé à donner 150 shows en un an sous peine de perdre ta paie et de retourner aux services sociaux, les choses sont plus compliquées. Tu ne sais pas prendre de recul. Tu te perds dans cette forêt de paranoïa, d’anxiété et de jalousie. C’est pour ça que tant de gens finissent par se suicider dans la musique. Être dans un groupe et prendre des drogues en permanence, c’est la recette idéale pour développer une maladie mentale.

© D.R.

Votre retour s’accompagne du message "les mauvais garçons se sont calmés". Sérieusement ?

L.S : Vu tout ce qui s’est passé depuis nos débuts, c’est inévitablement la trame narrative de la sortie de cet album. Mais c’est peut-être un peu prématuré (rires). Je pense que Serfs Up a été mieux pensé. Le fait d’avoir pris un peu de temps nous a permis de retrouver de la clarté. L’album est moins conçu comme une agression. Tout est plus clair, plus mélodieux, n’y a plus de longs morceaux ténébreux de 10 minutes.

Vous aviez d’emblée cette orientation pop en tête, musicalement ?

S.A : Personnellement, c’est la première fois que je travaille sans avoir d’influences précises en tête. Ce sont les mêmes morceaux qu’avant, mais présentés différemment. On a utilisé deux synthés, un saxophone, des percussions,… Tout cela rend les choses plus excitantes que lorsqu’on jouait simplement du garage rock.

L.S : Je pense qu’on a été plus ambitieux. On a toujours aimé la pop, le groove, les trucs électroniques. Pour moi, c’est de la pop rustique (rires). Pas de la pop conventionnelle, comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Quelque chose de dansant sans être un truc qui va finir dans les charts.


Valentin Dauchot

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