Musique / Festivals

Fête de l’horreur musicale ringarde pour les uns, rendez-vous incontournable, délicieusement kitsch et patriote pour les autres, le Concours Eurovision de la chanson a fait son retour sur les écrans cette semaine, pour la 64e fois de son histoire. Quarante et un pays tenteront de soulever le trophée tant convoité, qui sera remis vers minuit dans la nuit de samedi à dimanche, sous une pluie de confettis brillants, dans des effusions de joie et après trois manches de compétition.

Depuis 15 ans en effet, à cause du nombre grandissant de pays qui souhaitent concourir, des demi-finales sont organisées, la première le mardi et la seconde le jeudi précédents la finale qui a toujours lieu un samedi de mai.

Le jeune Belge Eliot, 18 ans, candidat de The Voice en 2018, ne s'est pas qualifié pour la finale. Son morceau (assez fade) “Wake Up”, agrémenté d’une chorégraphie totalement raide et statique, n’a convaincu ni le public ni les jurés professionnels qui sélectionnaient les finalistes.


Six pays sont qualifiés d’office pour la finale : Israël, grâce à son statut de vainqueur de l’édition précédente, et les “Big Five”, les cinq pays plus gros contributeurs financiers de l’Eurovision : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie.

Le favori des bookmakers ? Les Pays-Bas. Représentés par Duncan Laurence, qui a lui aussi participé à The Voice dans son pays (l’Eurovision est un vrai nid à candidats de télécrochet). Sa ballade “Arcade”, en lice lors de la seconde demi-finale, n’a pourtant rien de transcendant.


Autres favoris : la Russie, la Suisse, la Suède et l’Italie, tous qualifiés pour la finale. Que des jeunes beaux gosses aux chansons totalement taillées pour l’Eurovision.

On verra aussi sur scène une chanteuse australienne montée sur tige (photo), un queer français à perruque blonde, une toute jeune anti-bimbo slovène qui chante joliment dans sa langue ou un sosie gestuel croate de Céline Dion.

L’ovni de cette année est envoyé par l’Islande. L’improbable mais artistiquement convaincant groupe anticapitaliste electro-punk Hatari, issu de la scène underground de Reykjavik, a réussi à se qualifier mardi pour la finale. Leur habituel univers scénographique (SM et bondage) a été quelque peu adouci pour le Concours mais leur chanson “Hatrid mun sigra” (“La haine l’emportera”) est clairement aux antipodes de l’esprit Eurovision, plutôt tourné vers la paix et l’amour universels. On pense toutefois déceler un certain second degré dans l’approche de ces Islandais assez dingues.

Mais la plus invraisemblable qualificiation pour la grande finale, c'est Saint-Marin. Le micro Etat nous propose chaque année des candidatures plus ringardes les unes que les autres, impitoyablement recalées au stade des demi-finales. On croyait avoir touché le fond cette année avec Serhat, un vieux beau à la voix rocailleuse qui a aligné les fausses notes sur un beat dance d'un autre âge. A la stupéfaction générale, il est passé.

On épinglera aussi le Portugal, qui n'a pas franchi le cap des demi-finales. Le candidat, Conan Osiris (!), tout de satin vert vêtu et arborant une fausse barbe en plastique du plus bel effet, a livré une très étrange prestation musicale. Le chanteur devrait sans problème remporter le prix Barbara Dex, décerné de façon officieuse par le public, du candidat le plus mal habillé de l'année.


L’édition 2019 se déroule à Tel-Aviv. La capitale internationalement reconnue d’Israël a finalement été préférée à Jérusalem qui avait les faveurs du Premier ministre Benjamin Netanyahu (un choix sans doute très politique). Des appels au boycott du Concours avaient été lancés ces derniers mois dans de nombreux pays participants si le choix s’arrêtait sur Jérusalem. Car oui, l’Eurovision, c’est aussi une affaire de politique, on le verra page 6.

L’Eurovision divise peut-être le public mais elle garde ses fidèles. En 2018, 186 millions de téléspectateurs de 42 pays étaient devant leur télé pour la victoire de l’Israélienne Netta et son morceau “Toy”. Malgré l’élimination de la candidate belge Sennek en demi-finale, un Belge francophone était tout de même branché sur la RTBF l’an dernier pour la grande finale.

Le show de samedi devrait être ludique, coloré et spectaculaire, comme toujours et l’on verra si la compétition sera serrée ou pas. Deux stars seront présentes sur scène : le top-model isréalien Bar Refaeli à la co-présentation et surtout Madonna, qui, pour la coquette somme de 1,3 million de dollars, interprétera deux morceaux (dont un inédit extrait de son prochain album) à l’entracte.

Et que la meilleure (ou la moins pire) chanson gagne !