Le destin a parfois quelque chose de désespérant. Jeudi soir, La Monnaie inaugurait enfin sa saison 2020/2021 avec la toute première représentation de l'opéra "Die Tote Stadt" qui, comme la totalité des dates prévues d'ici au 13 novembre, affichait complet. En accord avec la Ville de Bruxelles, la salle avait obtenu la précieuse dérogation lui permettant d'accueillir un peu moins de 600 personnes sur une capacité totale de 1150 places. De quoi ouvrir ses portes "en toute sécurité" à ses abonnés et une partie des 2000 personnes actuellement inscrites sur liste d'attente.

"Nous travaillons depuis le début avec des protocoles tellement stricts que nous sommes "Covid proof" quelle que soit la couleur du baromètre" insiste Peter de Caluwe, qui dirige l'institution bruxelloise. "Toutes les personnes impliquées dans la production (artistes, techniciens…) font l'objet d'un testing rigide. Tous ceux qui le peuvent travaillent à distance. Le public, systématiquement masqué, est guidé et installé avec distanciation d'1m50, via plusieurs entrées. Les entractes ont été supprimés, tout comme le bar, le vestiaire et les toilettes. Tout est tellement rigoureusement organisé que je ne vois pas comment on pourrait mieux faire, et - bien que je comprenne la complexité de la situation - je dois quand même rappeler que les théâtres n'ont jamais été des lieux de contamination."

La liste d'attente est abandonnée

Toute la question était donc de savoir si l'opéra pouvait maintenir ses activités avec la jauge revue à la baisse annoncée ce vendredi. "Il est toujours difficile de refuser une partie du public", se désole Peter de Caluwe "mais d'un autre côté, Die Tote Stadt a déjà été entièrement financé, le budget dépensé, et nous voulons par-dessus tout permettre aux artistes de jouer. Il est essentiel de continuer. Nous avons donc pris la décision de poursuivre nos activités, dès ce vendredi soir, même si l'étendue du couvre-feu devait être modifiée et nos horaires adaptés". Puisqu'il faut quand même qu'une bonne nouvelle tombe de temps en temps, il s'avère que les abonnés de l'opéra, répartis sur la totalité des représentations, représentent environ 200 personnes par soir. Le choix est donc facilité : les abonnés ont la priorité, la liste d'attente mise de côté. "La situation est évidemment loin d'être idéale" insiste le directeur de La Monnaie. "Mais le pire eut évidemment été une fermeture pour cause de confinement.

Surtout... éviter un confinement

"Ces huit derniers mois, nous avons économisé en frais de fonctionnement en ne payant que notre personnel fixe. Nous avons continué à créer, investir, travailler sur les productions qui ont dû être reportées aux prochaines saisons. Un confinement total, avec impossibilité de continuer à venir travailler sur place aurait entraîné la perte de tout ce travail et tous les fonds investis jusqu'ici. Sans même parler de la motivation de l'équipe. Si cela devait se produire, La Monnaie prendrait beaucoup de temps pour se relancer." En d'autres termes, fermer au public serait désastreux, fermer toute la maison, absolument catastrophique. Le travail des derniers mois a permis à la salle de maintenir des comptes "plus ou moins à l'équilibre". Il est indispensable, qu'elle puisse jouer les trois opéras annoncés d'ici la fin de l'année.