La Muerte, retour du rock dur à la Belge

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

Le groupe bruxellois revient avec un excellent album et un concert à l’Ancienne Belgique le 12 janvier.

Au beau milieu des années 80, débarque à Bruxelles une bande de malpropres passionnés de bagnoles, de sexe et de violence cinématographique. Totalement inclassables, les affreux mélangent blues, rock’n’roll, grunge ou stoner rock, et rejettent catégoriquement le moindre compromis. C’est la naissance de La Muerte, quatuor sulfureux rejeté par le grand public mais vénéré par ses fans, qui se forge un statut de groupe culte, jusqu’à sa disparition en 1994.

Cheveux blancs, traits tirés et blouson en jeans de rigueur, Dee-J (guitare) est l’archétype du vieux rockeur impénitent, aujourd’hui. Avec ses épaules de déménageur, sa fine moustache et son petit bonnet soigneusement placé de côté, Marc du Marais (chant) n’est l’archétype de rien mais prend des allures de taulard fraîchement libéré. Tous deux sont pourtant doux comme des agneaux lorsque nous les rencontrons dans un troquet du centre, et reviennent paisiblement sur leur histoire chaotique, à l’heure de faire leur grand retour sur disque (La Muerte, ***) et sur scène (Ancienne Belgique, le 12 janvier).

J’ai toujours raconté toujours la même chose” explique Marc du Marais. “Mes thèmes d’inspiration, c’est la littérature fantastique belge, le cinéma gore, les faits divers sordides.” “Avec cette noirceur et le mélange des styles, La Muerte a toujours été un truc difficile à vendre” ajoute Dee-J. “Notre parcours a relevé du chemin de croix car les gens nous voyaient comme un groupe extrême, violent.”

À la sortie de leur premier album en 1987, la reconnaissance vient d’abord de l’étranger. L’Allemagne, l’Angleterre, l’Europe de l’Est repèrent les gaillards et leur donne une crédibilité. “Je me souviens très bien du premier concert que nous avons donné à Prague, en 1989” poursuit le guitariste. “C’était un dimanche soir, on s’attendait à voir trois ou quatre types dans la salle. Mais quelques dizaines de minutes avant le concert, notre ingé-son nous appelle et nous dit ‘Je ne peux pas revenir pas dans la loge, il y a trop de monde, impossible de passer.’ On s’est tous bien marrés, en trouvant sa blague vraiment drôle, mais en fait il ne déconnait pas du tout. La salle était bondée.”

Dix ans plus tard, au beau milieu des années 90, les deux compères mettent la clé sous le paillasson, après cinq albums furieux et une belle notoriété dans le milieu. Dee-J passe de l’autre côté de la table de mixage, Marc du Marais survit en concevant des décors pour le cinéma et réalise DoublePlusUngood, série B pur jus qui suit un petit escroc auto-investi d’une mission divine teintée d’hémoglobine.

En petit artisan, du Marais compte sur la sympathie de ses acteurs, dont celle de la comédienne flamande Delphine Bafort, qui renonce à sa rémunération mais lui demande un petit service quelques mois plus tard. La jeune femme ouvre un espace culturel à Gand, elle aimerait que le groupe vienne jouer quelques morceaux. “Pitié, tout sauf ça” se lamente alors du Marais, qui n’a pas trop le choix et recontacte son vieux compère.

Sans grand enthousiasme mais avec une once de curiosité, Dee-J accepte de se joindre aux répétitions. Son chanteur a recruté du sang frais dans la scène métal belge avec Michel Kirby (guitare), Christian Z (batterie) et Tino de Martino (basse). La machine est relancée et boostée.

C’était un peu comme agiter un drap rouge devant un taureau” assure Dee-J. “Je ne voyais pas très bien l’intérêt de reformer le groupe, mais, avec ces mecs-là, c’était une autre histoire.” Les gaillards réinterprètent huit titres, investissent l’Ancienne Belgique en 2015, et se remettent à composer. “Est-ce que le son est plus lourd qu’avant ? Je ne sais pas, on ne peut pas dire qu’on n’ait jamais été très légers” s’amuse Dee-J.

Le résultat, lui, est plus que convaincant. Sorti début décembre, ce sixième album simplement baptisé La Muerte, est une merveille de rock lourd, dense et vicieux. La presse belge est élogieuse et, comme par le passé, l’accueil est encore plus chaleureux chez nos voisins. “Notre public, c’est les anciens, leurs enfants, et les trentenaires qui étaient juste trop jeunes pour nous voir à l’époque” estime Marc du Marais. “Mais ça reste un truc difficile à vendre, car nous n’appartenons toujours à aucun genre. On reste trop brutaux pour passer sur Classique 21 en journée et je ne sais pas si on fera des festivals cet été.” Les amateurs d’envolées guitaristiques, de riffs puissants et de grosses cylindrées, seraient pourtant bien inspirés d’aller voir ces cinq-là à l’AB, le 12 janvier prochain.

Valentin Dauchot

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