Signe de stabilité et surtout de soutien dans une édition bouleversée, la Reine Mathilde aura assisté en personne à chacune des six soirées de finales du Concours Reine Elisabeth 2021. Cette sixième et dernière soirée est d’ailleurs celle qui, par ses rituels, s’avère généralement la plus prévisible – et donc, cette année, rassurante : on y entend deux fois le président du jury agiter sa clochette pour une double séance de remerciements. A l’auteur de l’imposé, à l’orchestre ensuite. Généralement juste avant le dernier finaliste et donc après l’entracte, mais dès le début de la soirée cette fois puisqu’il n’y a qu’un candidat.

Signe des temps : Gilles Ledure tutoie Bruno Mantovani et le remercie dans un style un peu moins convenu que ce qu’on a connu par le passé, évoquant le gazouillis des oiseaux dans sa partition et ceux de la fille du compositeur qui l’a inspirée. Pour l’Orchestre National de Belgique – qui s’est rebaptisé comme on le sait Belgian National Orchestra, ce qui ne lasse pas de faire ricaner – les formules sont plus convenues, mais forcément inévitables. Avec des hauts et de bas, des soirs sans et des soirs avec (ce samedi c’est plutôt avec), la phalange bicommunautaire aura assuré le job, en configuration certes allégée (six candidats au lieu de douze, et « seulement » quatre concertos différents pendant la semaine), mais avec des masques en permanence (sauf les vents bien sûr)

Costume sombre et chemise blanche ouverte, Jonathan Fournel semble décontracté quand il entre sur scène, et la soirée ne démentira pas cette première impression. Dans la dernière exécution de D’un jardin féérique, son approche est empreinte de fraîcheur et de simplicité. Raffiné, ouvert, posant des questions plutôt que d’asséner des informations, il assume l’héritage ravélien de la pièce mais sans cacher, tout au contraire, les très contemporaines dissonances qu’elle recèle aussi.

Dans le second concerto de Brahms, le Français se montre d’emblée raffiné et élégant. Certes, on est loin de l’engagement dramatique de Tomoki Sakata mardi dans le même concerto : il n’est pas question ici de vie et de mort, mais l’andante recèle des moments d’une poésie suave et, surtout, hormis quelques très rares et très légers accrocs, tout est parfaitement maîtrisé et sous contrôle. Avec, moins de deux heures plus tard, la récompense de la première marche du podium !