Et un, et deux, et trois zéro? Difficile de résister à la métaphore footballistique, d'autant qu'il y a quelque chose de ronaldinhesque dans le parcours de Jean-Luc Votano, enfant prodige de la clarinette, fils d'un immigré calabrais de Charleroi (lui-même clarinettiste et fondateur d'une dynamique harmonie à Auvelais), engagé à vingt ans comme premier soliste à l'OPL et manifestement promu à une belle carrière internationale comme soliste tout court.

Vendredi, Votano faisait avec ses collègues liégeois et Louis Langrée l'ouverture de la 14 éme édition de l'Eté musical d'Horrues, festival centré sur la jolie petite église de ce village proche de Soignies mais décentré à Braine-le-Comte quand, comme en l'espèce, il programme du symphonique. Et le soliste jouait pas moins de trois oeuvres là où les usages veulent généralement qu'il se contente d'une seule : outre le concerto de Mozart, il joua en effet aussi le premier concerto de Weber et même, en rappel, l'Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre de Rossini, paraphrase de thèmes d'opéra où le maître de Pesaro traite l'instrument comme une voix humaine, virtuosité comprise.

Si l'on peut parfois se méfier des orchestres qui, pour des raisons de facilité, prennent comme soliste un de leurs musiciens, tel ne fut pas le cas ici : phrasés fruités, riche palette des nuances, virtuosité confondante, aptitude géniale à faire varier les sonorités pour éviter toute monotonie, le clarinettiste enthousiasme aussi par sa façon de vivre la musique intensément (surtout quand il se retourne vers ses collègues comme pour leur communiquer sa transe). On a trouvé le Charleroi qui gagne : plus fort que les zèbres, les Spirous ou la Villette, Votano semble à ce point vaillant et irréprochable qu'on le proposerait bien comme bourgmestre de Charleroi. Mais le coup serait injuste pour Liège.

Hormis un léger relâchement dans le concerto de Mozart, Langrée et l'OPL se seront aussi montrés sous leur meilleur jour: une symphonie d'enfance de Mozart donnée avec juste ce qu'il faut d'imagination dans le jeu entre pupitres pour éviter l'uniformité d'une partition sinon trop lisse, et une extraordinaire ouverture du " Freischütz ", noire, sauvage hallucinée et terrifiante. Un sabbat inhabituel dans une église...

J.L. Votano sera de retour à Horrues le 25 juin à 17h30; www.ete.musical.horrues.be

© La Libre Belgique 2006