Ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco, cet Israélien résidant en France avait une place à part dans le monde musical classique : réputé pour ses interprétations parfois atypiques du répertoire, il était également à l’aise dans le jazz ou la musique tzigane.

Premier artiste israélien à se produire en URSS (en 1955), il était aussi un ardent défenseur du processus de paix israélo-palestinien. On lui doit également la création de nombreux festivals (à Vence, Menton, Saint-André-de-Cubzac, etc.). En Belgique, il occupait une place toute spéciale au sein de la vie musicale en tant qu’artiste en résidence de Musica Mundi - à la fois festival et école supérieure de musique -, auquel il apporta son fervent soutien.

Cheveux blancs en broussaille et yeux bleus perçants, personnalité charismatique, fantasque et farouche, Ivry Gitlis jouait généralement immobile et les yeux fermés. Son violon : un Stradivarius de 1713 acquis en 1964.

Un petit prodige envoyé en Europe

Il naît le 25 août 1922 à Haïfa en Israël. Son père, qui est meunier, et sa mère ont quitté l’Ukraine pour la Palestine, alors sous mandat britannique. "Quand j’ai eu 5 ans, on s’est cotisé pour m’acheter un violon. Depuis, le violon fait partie de moi-même", a-t-il écrit dans son autobiographie L’Âme et la Corde.

Le violoniste réputé Bronislaw Huberman entend jouer le petit prodige à 9 ans et organise une collecte de fonds pour le faire partir en Europe. Ivry Gitlis entre à 11 ans au Conservatoire national de musique de Paris et décroche le premier prix deux ans plus tard. Il poursuit ses études avec Georges Enesco, Jacques Thibaud et Carl Flesch.

Durant la guerre, il effectue des allers-retours entre Paris et Londres. Il cherche à rejoindre la Royal Air Force mais, recalé, finit par jouer dans les camps militaires, les hôpitaux ou les usines.

Sa carrière démarre véritablement en 1951, à la faveur d’un scandale lors du concours Long-Thibaud, le jury ne lui décernant que le 5e prix, contre l’avis du public.

Il fait ses débuts aux États-Unis en 1955. Les tournées dans le monde entier s’enchaînent et il joue avec les plus prestigieuses formations : orchestres philharmoniques de New York, Berlin, Vienne, Philadelphie, d’Israël, etc., sous la direction de chefs comme Zubin Mehta, Charles Dutoit ou Eugène Ormandy.

Avec les Rolling Stones et Léo Ferré

Partout où il passe, il sait créer le contact immédiat avec le public, qui lui réserve de longues standing-ovations. Il s’illustre dans Paganini, Sibelius ou Tchaïkovski. Sa version de la sonate de Bela Bartok reste, avec le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg, une référence absolue.

Il enregistre en sonate avec la pianiste Martha Argerich, est également recherché comme interprète pour les créations de compositeurs contemporains, dont Bruno Maderna et Iannis Xenakis. Il continuait sur le tard à donner des concerts et, depuis les années 80, se rendait souvent au Japon, où il était très apprécié.

Décidément éclectique, il a aussi joué avec les Rolling Stones, le chanteur Léo Ferré, le jazzman Stéphane Grapelli et a travaillé pour le cinéma… comme acteur. On l’a vu dans L’Histoire d’Adèle H(Truffaut), La Septième Cible (Claude Pinoteau) ou Des gens qui s’embrassent (Danièle Thompson) ainsi que dans une enquête du commissaire Maigret où il joue le rôle d’un clochard… violoniste.

En 2008, Ivry Gitlis a cofondé l’association Inspiratio n(s) pour rendre la musique classique accessible à tous les publics et donner l’opportunité à des musiciens talentueux de jouer pour ces publics lors de concerts rémunérés.

Ce père de quatre enfants, dont trois avec la comédienne Sabine Glaser, vivait à Paris, où il est décédé.