Explicitement ou en filigrane, les attaques de 2015 sont régulièrement évoquées par des artistes français, anglais...

Un ami m’a dit : la manière la plus forte de résister est simplement de continuer." Continuer à vivre, à discuter aux terrasses de cafés, à assister à des concerts. Dans le morceau "Friday 13th 2015", Jarvis Cocker (Pulp) raconte, en mode parlé, cette funeste journée parisienne de novembre 2015 et celles qui ont suivi, en rendant hommage à tous ces citoyens qui ont refusé de se laisser enfermer par la peur ou la haine. Ce récit, le chanteur anglais l’a enregistré quelques jours à peine après les attentats terroristes perpétrés par l’Etat islamique dans la salle du Bataclan, aux terrasses de cafés et au Stade de France. De son côté, son confrère français Cali postait sur le net, le 17 novembre, "On ne se lâchera pas la main" . Une chanson juste drapée de violoncelle et de piano, parlant de fraternité, en guise de réponse à la violence. Chez d’autres artistes, la parole s’est libérée plus tard. Le chanteur Saez vient de publier deux vibrants titres dédiés aux victimes des attentats parisiens, "Les enfants paradis" et "Tous les gamins du monde".

Au fil des mois, de manière directe ou en filigrane, dans l’émotion ou l’analyse, de nombreux auteurs-interprètes ont ainsi évoqué, en chansons, les attentats qui ont meurtri Paris en 2015 - mais aussi Bruxelles et Nice en 2016. Tour d’horizon (non exhaustif), un an après le drame du Bataclan.

Tous "Charlie"

Début 2015 déjà, des chansons avaient fleuri sur la Toile après les attaques meurtrières de janvier contre la rédaction de "Charlie Hebdo", des policiers et les clients d’un magasin casher. La plupart narraient moins l’horreur - indicible - que l’élan de fraternité qui se manifesta lors d’énormes rassemblements en hommage aux victimes, les 10 et 11 janvier. Matthieu Chedid avait ainsi publié "Comme un seul homme" , un morceau enlevé, dédié aux dessinateurs et journalistes tués : "Pour vous les oiseaux rares/Et pour vos grandes plumes/Et pour l’humour de l’art/Dans vos rires posthumes/Je suis tu es Charlie/Il est nous sommes Charlie...").

On se souvient aussi d’ "Un dimanche de janvier" chanté par Johnny Hallyday (sur des paroles de Jeanne Cherhal) : "Pour apaiser la peine/De tout un pays soulevé/Nous étions venus/Sans peur et sans haine". (Coïncidence, l’album "De l’amour" sur lequel figure ce titre fut dévoilé le 13 novembre, quelques heures avant la seconde vague d’attentats.) Les rassemblements de janvier, le chanteur Renaud les évoque aussi, sur un ton assez proche, dans "J’ai embrassé un flic" (sur son album "Renaud" paru en 2016). Un autre morceau est consacré à l’attaque de l’"Hyper Cacher".

L’innocence disparue

Dans "Le jour et l’heure" , Patricia Kaas, quant à elle, sans citer précisément les attentats, aborde avec émotion ces moments où des vies chavirent, à l’annonce d’une terrible nouvelle. On n’oublie jamais "le jour et l’heure où tout a basculé/L’instant précis même du malheur/Quand le téléphone a sonné/]…] Le lieu précis de la douleur", chante-t-elle dans ce titre paru en juin 2016 - l’album éponyme, lui, vient de paraître.

Plus largement, la perte de repères et l’innocence disparue hantent les esprits. "Le bonheur quand il s’échappe/Est-ce que c’est pour longtemps ?" interroge Miossec sur son 10e album. "L’innocence" , "C’est quand elle n’est plus là/Qu’on voit à quoi elle pouvait ressembler". Sans elle, tout est "beaucoup moins léger". Il y a un avant- et un après-attentats dans l’écriture, confiait-il à "La Libre" en mai 2016. "Des gens sont morts parce qu’ils dessinaient des petits bonhommes ! Pour moi, il y avait une obligation de parler de ces événements. Chacun bricole à sa façon. Une chose sûre, tout un registre de vocabulaire s’est pris une claque. ‘Une terrasse en plein air’ , normalement c’est une jolie chose, mais là…"

Sentinelles

Le repli sur soi et la montée du racisme que nourrissent de tels événements sont, plus que jamais, pointés par certains artistes. Le récent "Second Tour", conte musical du groupe Frère Animal (emmené par Florent Marchet et Arnaud Cathrine), narre le destin d’un jeune homme qui peine à se réinsérer et auquel l’extrême droite tend les bras. Sujet d’actualité s’il en est... "Thibaut est juste l’un de ces milliers de garçons qui basculent dans plein de choses : la délinquance, l’engagement pour un parti extrémiste, le djihad; […] parce que personne ne les regarde, ne les aide à se construire", explique Arnaud Cathrine (dans un entretien à "Culturez-vous").

"Notre époque voit ressurgir des démons terrifiants", indiquait Marianne Faithfull au "Monde" le mois dernier. Il s’agit de vivre, sortir, garder les yeux grand ouverts. Ce que fera l’artiste britannique en donnant un concert au Bataclan le 25 novembre. Elle y dévoilera "They Come At Night", chanson écrite il y a un an, le lendemain des attentats. Son compatriote Peter Doherty se produira dans la même salle les 16 et 17 novembre. Nul doute qu’il y interprétera "Hell to pay at the gates of heaven" , sorte d’hymne pacifiste inspiré par les attaques parisiennes, adressé à la jeune génération : "Allez les gars, choisissez votre arme/ J-45 ou AK-47" (NdlR : la J-45 est une guitare acoustique Gibson, l’AK-47 une kalachnikov). Autrement dit : faites de la musique, pas la guerre...