RENCONTRE

Jeudi, ils étaient déjà arrivés sur la plaine de la Machine à feu de Dour. Il faut dire qu'il n'est pas difficile à repérer, le public des Béruriers Noirs. Une partie en tout cas, le plus enthousiaste sûrement, celui qui n'a pas abandonné les crêtes de couleur et autres attributs punks. Ils sont venus pour ce qui est un des événements de cette édition 2004 du festival de Dour: le retour d'un des groupes mythiques de la scène alternative rock française des années 80.

En à peine sept années d'activité, entre 83 et 89, les Béruriers Noirs se sont construits une réputation d'incorruptibles, intransigeants sur leurs idéaux libertaires dont ils font une fête sur scène. A l'époque, ils jouent dans le métro, dans les squats, lors des manifestations de soutien aux chômeurs... En 1987, même NRJ programme le groupe. Mais la pression, les malentendus, les contradictions internes, la fatigue aussi ont raison de ce qui s'est transformé en vraie troupe: les Bérus se sabordent deux ans plus tard.

Depuis, plus beaucoup de nouvelles. Jusqu'à l'annonce de la sortie d'un double DVD gargantuesque, «Même pas mort» (sept heures en tout, de concert, interviews, inédits...). Dans la foulée, on se met même à parler d'une reformation et d'un concert, à l'occasion du festival des Transmusicales de Rennes. L'info se vérifie. En quelques jours, tous les tickets sont vendus. Personne ne s'y attendait. Pas même les principaux intéressés. «Sincèrement, on a été les premiers surpris», assurent-ils, quand on les rencontre au printemps dernier.

Raves

C'est François Bergeron (qui a également réalisé des films sur la Mano Negra, Manu Chao, NTM...) qui a rassemblé les ex-collègues. «L'idée était de rééditer le live de l'Olympia en DVD. Mais avec les possibilités qu'offre ce support, cela aurait été bête de ne se contenter que de ça. J'ai donc ressorti près d'une centaine de cassettes de rushes.» Les membres se retrouvent à cette occasion et se prennent vite au jeu. «On a continué à faire les cons jusqu'à ce qu'on se retrouve à répéter pour les Transmusicales. Au moment où l'on aurait pu commencer à se poser des questions, il était déjà trop tard.» A Rennes, le soir du fameux concert, la salle est bondée. Sont présents des «anciens» de l'époque, mais aussi pas mal de jeunes qui n'ont pas connu directement les Béruriers Noirs. «C'était souvent eux les plus hystériques. A un moment, il y avait de l'agitation dehors. On est sorti pour calmer un peu le jeu. On s'est fait insulté par les gamins: «Ta gueule toi, on veut voir les Bérus, va te faire enc... !»»

Finalement que le groupe ait encore un tel écho auprès des plus jeunes générations n'est peut-être pas si étonnant que cela. Car si la scène rock alternative française «historique» a disparu depuis longtemps, aucune n'est venue vraiment la remplacer. En tout cas, aucune susceptible de porter le même discours, et surtout la même virulence. Le rap? Le groupe est divisé. «Il y a une production rap, souvent à la marge c'est vrai, mais qui apporte des textes intéressants», appuie François Bergeron. «Oui, mais il y a aussi pas mal de dérapages, homophobes notamment», s'énerve Loran.

La techno par contre suscite plus d'unanimité. «On s'est plutôt retrouvés dans un phénomène comme celui des raves, c'est vrai. Il y avait une vraie liberté. En quelques minutes, 1000, 2000, 5000 personnes se rassemblaient en un lieu, sans que les flics soient au courant, ou alors deux jours plus tard. L'absence de message de la musique techno? Mais le message était dans l'action: Il n'y a pas d'espace de liberté, alors on le prend!» C'est ce qu'on appelle avoir de la suite dans les idées...

Bérurier Noir, «Même pas mort», double DVD et CD d'inédits, Bang/Folklore de la zone mondiale. Fiesta bérurière ce dimanche, dès 23h45, sur la Last Arena du Dour festival.

© La Libre Belgique 2004