Il y a un mois, quand les artistes nous demandaient : ‘Êtes-vous certains que Rock Werchter est maintenu ?’ on répondait encore : ‘Oui, pour l’instant, tous les espoirs sont permis’", se désolait Herman Schueremans dans les bureaux belges de Live Nation, mardi après-midi. "Mais, à un moment, il faut être réaliste et accepter la situation : Rock Werchter 2021 ne pourra pas avoir lieu."

L’information n’est pas totalement surprenante. Ces dernières semaines, la plupart des grosses machines européennes ont officiellement renoncé aux éditions prévues cet été. Coachella (USA), Glastonbury (UK), Primavera Sound (Espagne), Best Kept Secret (Pays-Bas) et notre Graspop belge ont tous jeté l’éponge, rendant l’organisation de tournées internationales pratiquement impossible pour les artistes qui auraient été tentés par l’aventure. "Nous ne sommes pas seuls, concède Herman Schueremans. Nous devons regarder ce qui se passe ailleurs en Europe, car les têtes d’affiche tournent parfois dans quatre, cinq, voire dix festivals et pays différents, où la situation est parfois plus grave que chez nous sur le plan sanitaire."

Thom Yorke, Pearl Jam ou AC/DC avaient d’ores et déjà annoncé qu’ils ne tourneraient pas à l’été 2021. Fouler un nombre limité de scènes est financièrement inenvisageable pour des productions d’une telle ampleur. Sur le plan sanitaire, il devient en outre évident que l’idée de mobiliser et déplacer des équipes allant parfois jusqu’à cent personnes, passant leur temps dans les hôtels et les aéroports, devient purement et simplement impensable. Un report semblait désormais inévitable.

Pas de force majeure

"Nous avons repoussé l’échéance le plus longtemps possible, concède Herman Schueremans. Nous attendions un cadre et des perspectives de la part de la Communauté flamande." Jan Jambon, ministre-Président flamand (N-VA), avait un temps annoncé qu’une décision publique serait prise en mars, avant de se rétracter, et de reporter toute injonction au mois d’avril. Trop tard pour qu’un festival comme Rock Werchter puisse lancer, puis éventuellement renoncer à la mise en place d’un gigantesque village rassemblant quotidiennement 80 000 personnes. "Créer et gérer un tel espace engendre énormément de coûts, insiste le directeur de Live Nation Belgium. Lancer la phase de construction avant d’annuler était difficilement concevable. Au Royaume-Uni, Boris Johnson a annoncé, sous conditions, un retour ‘à la normale’ pour fin juin. Chez nous, il n’y a aucune perspective, et on voit que les vaccins ne suivent pas, alors que c’est la véritable clé d’une reprise de nos activités."

Il y a un an, pratiquement jour pour jour, les festivals étaient suspendus aux lèvres des autorités, et attendaient que l’organisation d’événements de masse soit officiellement interdite. De quoi invoquer la "force majeure" et se libérer de certains engagements financiers, qui auraient pu les faire couler. "Les choses ont changé, répond Herman Schueremans. L’été dernier, beaucoup d’artistes exigeaient que l’on paie 50 % de leur cachet en cas d’annulation unilatérale de notre part. C’est initialement prévu dans le contrat, et la décision des autorités nous permettait d’y échapper. Mais disons que tout le monde comprend la situation et se montre plus sage, aujourd’hui."

Bagarre de têtes d’affiche en 2022

Un festival comme Rock Werchter peut-il survivre à un second report ? "Oui, lance sans ambages son organisateur. Nous avons géré nos avoirs en bon père de famille, nous pourrions même surmonter un troisième report. Mais il reste la question de nos sous-traitants. Certains se sont reconvertis, d’autres ont quitté le business." Un "petit Rock Werchter" pourrait tout de même être organisé cet été, avec quelques milliers de spectateurs, en fonction de l’évolution de la situation. "Mais cela n’aura rien à voir avec le festival habituel." L’édition 2022, annoncée du 30 juin au 3 juillet, en revanche, s’annonce dantesque. "La plupart des artistes programmés cette année ont déjà confirmé qu’ils reviendraient, se réjouit Herman Schueremans. Nous avons mis une option, et nous avons également mis une option sur de nouveaux groupes. Ça fait beaucoup de headliners à programmer en même temps. On doit négocier avec certains d’entre eux pour qu’ils acceptent de jouer avant un autre groupe, au lieu de clôturer la soirée."